La perception des phénomènes par le Bouddha
Qu'en est-il de la perception de " l'Ainsi venu " quant aux apparitions et disparitions des phénomènes ? Dans le cadre de la profondeur unique du chapitre < Durée de la vie > du Sûtra du Lotus, Shakyamuni déclare: " Le Bouddha perçoit le véritable aspect du monde. Il n'y a ni flux ni reflux de la naissance et de la mort, ni vie en ce monde ni anéantissement plus tard... Le Bouddha voit clairement toutes ces choses là sans erreur ".
Or, antérieurement au Sûtra du Lotus, pour parler du réel d'une manière plus adaptée à notre lecture de la durée, Shakyamuni avait expliqué : " Dans le passé, seule l'existence passée était réelle et irréelles les existences future et présente. Dans le futur, seule l'existence future sera réelle et irréelles les existences passée et présente. Maintenant seule l'existence présente est réelle et irréelles les existences passée et future. En vérité, celui qui perçoit la dépendance causale perçoit la vérité ". (25) En premier lieu, la phrase " Il n'y a ni flux ni reflux de la naissance et de la mort " dévoile que la perception des phénomènes par le Bouddha ne s'embarrasse pas des limites ordinaires et génériques de tout un chacun. En outre, considérant ces deux citations, et en particulier la phrase " celui qui perçoit la dépendance causale (ke) perçoit la vérité (chu) ", il apparaît que seule la momentanéité de la " dépendance causale " ou " production en dépendance " permet de voir l'efficience réelle des dharma qui ont pour caractéristiques d'être non-nés et non-détruits. En second lieu, l'expression " il n'y a ni vie en ce monde ni anéantissement plus tard " indique respectivement les errances de la pensée humaine ordinaire relatives à l'espace et au temps. Elle détruit également, avec la deuxième citation, les irréalités découlant de l'attachement à l'existence dans le lointain passé ainsi que dans le futur illimité. Ne reste donc réelle pour chaque observateur, que l'efficience momentanée, atemporelle, causale et parfaitement simultanée à elle-même.
Pour ces raisons et en conformité avec le sens des propos de Shakyamuni, selon les écoles Tiantai et Nichiren, la vérité réside donc uniquement et atemporellement dans le provisoire conditionné et vacant. Dès lors, la sagesse dite "malhabile" nomme effectivement celle ne percevant que la vacuité des cinq agrégats dans son analyse de la réalité. Les cinq agrégats constitutifs de chaque forme, et par là-même de toute individualité, sont nous le rappelons: la matière, la perception, l'image en soi, la volition et la conscience de l'acte. Ils caractérisent l'assemblage provisoire nommé " forme ". Voici ce que le Bouddha déclare, à propos de leur extrême mobilité conditionnelle: " Quant les agrégats apparaissent, déclinent et meurent, ô moines, à chaque instant vous naissez, vous déclinez, vous mourez ". (26) Il apparait, nous semble t-il, que Shakyamuni ne saurait indiquer par ces mots une inexistence telle qu'elle puisse ne pas justifier cinquante années d'enseignement. Il en a fait la preuve. Enfin, plus qu'une simple réalité nominale de complaisance, l'expression " ô moines " s'applique à des formes réelles, distinguables de par leur conditionnalité, et pouvant produire, en elles, l'éveil du fait de leur vacuité intrinsèque. Que ces formes de moines n'existent que dans le cadre de l'expression " à chaque instant " n'est en rien réducteur dans la mesure où tout est " tel " uniquement dans l'instant. En outre, et il serait dommage de ne pas le percevoir, la merveille de la simultanéité de la cause et de l'effet est là, manifestement exprimée, tant en ce qui concerne la matière, qu'en ce qui concerne les facultés perceptives et cognitives. Dès lors, il en découle que le jaillissement momentané de la forme/pensée, appelée " moine ", est ce à quoi l'enseignement est donné, et il serait pour le moins paradoxal de croire que la grande sagesse du Bouddha éclaire en vain de l'inexistence.
En outre, ceci engage à une plus grande finesse d'approche de l'aphorisme suivant de Nagarjuna: " Quant une chose cesse d'exister du fait de la momentanéité, Comment quoi que ce soit peut-il être vieux? Quant une chose est non-momentanée du fait de la constance, Comment quoi que ce soit peut-il être vieux? " (27) Il en ressort le constat suivant: tant le fait de considérer les choses comme étant momentanées, que celui de les envisager comme constantes, impliquent la non réalité du vieillissement. De ce point de vue, pour autant que l'on puisse le partager, l'idée même du " passage du temps " ne serait qu'une convention générique n'ayant aucunement la capacité de modifier une substance donnée durable, puisqu'en fait il n'en est pas. Encore une fois, il ne reste plus, concrètement, que l'efficience réelle dans l'instant et, dès lors, il conviendrait plutôt de considérer la " durée " comme la marque physique et mentale d'un vouloir être momentané et consécutif, sans origine. De fait, la " durée " des êtres est assujettie à tant de facteurs impliquant des transformations physiques et mentales si diverses, qu'il serait inconséquent de considérer la " durée " comme une donnée uniformément existante pour tous. Force est de constater que celle-ci ne s'élabore que dans l'ordonnance du vouloir momentané de chacun. Certains, cependant, soulignant l'importance du phénoménal dans leur existence, considèrent que leur vouloir s'est heurté à des faits incontournables. En réalité, face à un événement, chaque observateur opte pour une réaction qui le caractérise et, dans ce choix, de l'enfer à l'éveil, il est toujours l'unique auteur de ses circonstances et de ses productions, de son envergure dans le temps et dans l'espace. Plus exactement, toute efficience momentanée, appelée < observateur >, est productrice de ses qualités de temps, d'espace, et par là-même de sa perception d'objets découlant de ces qualités. Dans ce sens, le sentiment subjectif de durée relève plus d'une production inconsciente d'efficience, dite " similaire ", que d'une noyade dans un état de fait objectif. En somme, Nagarjuna ne montre -t-il pas, par son approche, le champ d'exercice d'une vision débarrassée d'un anthropocentrisme organique qui, bien que difficilement contournable, semble être source d'innombrables maux ?
Tel est certainement le sens du commentaire suivant: " Le cycle des naissances et des morts (samsara) n'a ni début, ni milieu, ni fin et puisque donc il n'existe pas, il n'y a entre la naissance et la vieillesse-mort, etc.., aucun rapport d'antériorité, de postériorité ou de simultanéité ". (28) Dès lors, l'efficience momentanée ne sortant que de l'agencement provisoire des multiples phénomènes, celle-ci peut-être effectivement perçue comme non née, non détruite, dans l'atemporelle simultanéité de la cause et de l'effet. Seule cette efficience momentanée des innombrables phénomènes apparaît donc être le réel. En conséquence, et là aussi les propos des éveillés sur ce point convergent, il ne peut se faire que le quotidien banal de chacun ne soit son ultime réalité hors le temps. Pour cette raison, probablement, devant la difficulté des êtres à s'extraire de vues limitées interdisant la perception de l'aspect réel des phénomènes non-nés, non-détruits, Shakyamuni déclara: " Un jour vécu dans la contemplation de la vérité suprême vaut mieux qu'un siècle dans l'ignorance de la vérité suprême", et enseigna la sagesse issue de son éveil jusqu'à son dernier instant. (29) Il le fit le plus souvent en adaptant sa sagesse avec pour objectif de construire en ses disciples une pensée plus vaste et, dans le Sûtra du Lotus, la révéla sans tenir compte des capacités de l'auditoire.
Shakyamuni l'a montré à travers ses interventions constantes vis à vis des êtres: le passage de la vacuité à la conditionnalité est dite contemplation d'égalité. Cela signifie que, du fait de cette perception, l'action s'exerce d'une manière égale à l'ensemble des êtres. Il convient de savoir que cette contemplation de la conditionalité permet d'intervenir vis-à-vis des êtres, permet de prendre conscience que le " vrai ", ou vacuité, n'est pas le " vrai ". Dès lors, si la vacuité " guérit " la maladie ordinaire de la conditionnalité, prendre à bras le corps la conditionnalité guérit la maladie de la vacuité.
Sous cet angle, la vérité de la vacuité est un pont permettant de passer de la triviale précarité des phénomènes à l'absolue réalité " médiane " de leur forme provisoire. Il semble alors évident de considérer que la seule perception de la vacuité des choses, s'il en est, ne permet ni l'intervention bienveillante dans le conditionnel, or, la totalité du monde phénoménal l'est, ni l'accès personnel à l'éveil. Il s'agit donc, pour les êtres pratiquant cette contemplation, de repasser dans le domaine du conditionnel afin d'aider les êtres, mais également pour ne pas transformer la vacuité en un absolu stérile.
Nous lisons en effet dans l'école Tiantai: " Par la contemplation qui passe de la vacuité à la conditionnalité, on a la vision de la vérité vulgaire, l'oeil de sagesse est ouvert et l'on acquiert la sagesse portant sur les différentes sortes de salut ". (30) La " vérité vulgaire " sur laquelle " l'oeil de sagesse est ouvert " est celle des innombrables souffrances individuelles. Ces souffrances, évidemment, désignent les plaintes et désespoirs ordinaires des êtres déracinés par le changement de ce qu'ils considéraient comme stable. Elles ne sont, pourtant, que le positionnement momentané du corps et de l'esprit dans le monde des phénomènes, et ont forcement la vacuité pour nature. Elles peuvent donc, sur le principe, engendrer leur propre éveil à tout instant. Cependant, le mouvement des phénomènes ou la " production en dépendance " leur sert de base adaptée en terme d'effet, et simultanément d'efficience en terme de cause. Dès lors, l'ensemble corps/esprit/environnement est de ce fait l'ultime réalité individuelle hors le temps et la souffrance particulière produite en résonnance est bien réelle. Ne pas s'y ouvrir, pour une raison ou une autre, n'aboutit en conséquence qu'au mépris de la réalité sensible. L'action, vis à vis d'autrui, se trouve donc être l'aide à l'élaboration, par la personne elle-même, d'une sagesse adaptée à sa propre situation particulière.
De ce fait, les " différentes sortes de salut " sont nécessairement multiples. En effet, elles se définissent en fonction des caractères particuliers des êtres auxquels s'applique une bienveillance issue du dépassement de l'approche " vacante ", désormais devenue conditionnelle. Or, il semble évident que si les caractères particuliers des souffrances individuelles sont sans fin, le courage indispensable à l'action dans le conditionnel ne se trouve que dans une perception affinée de la voie du milieu. Cette perception " médiane ", dans son application, permet la production en soi d'une lecture teintée de l'éveil du bouddha au sein même du quotidien le plus banal. En effet, il apparaît qu'imprégner son esprit de la sagesse du bouddha entraîne l'imprégnation des actes, et par voie de conséquence de son propre corps.
Cependant il faut noter que la sagesse, en bouddhisme, étant indissociable de la bienveillance, l'engagement dans ce processus implique un changement profond de son état de vie. La raison en est que, dans tous les cas de figure, la perception est état de vie et réciproquement. Dès lors, considérant dans son ampleur la difficulté de l'exercice, l'école Tiantai indique : " Les relations de causalité des êtres présentent d'innombrables caractères que ni les auditeurs* ni les bouddha pour soi* ne sont en mesure d'obtenir ". (31) Quelle est la logique selon laquelle seul le développement en soi de l'état de bodhisattva permet l'immersion dans l'infinité du conditionnel ?
Il en ressort, à l'analyse, que le handicap produit par l'effervescence vacante du monde des êtres et des choses ne provient que de l'état de vie de la forme qui perçoit. En effet, lorsque Shakyamuni décrivait le monde comme étant envahi par les flammes, il exprimait seulement l'état de vie d'avidité particulier d'un observateur. Or, nous allons en traiter, la forme du corps et des sens entraînant une certaine manière de percevoir l'environnement résultent, selon le bouddhisme, des propres actes antérieurs de la forme. Selon celui-ci, toute forme étant produit causal, sa perception et sa réaction à son environnement perpétue son état depuis l'origine. De ce fait, ceci met en lumière un " vouloir percevoir " non-conscient, puisque organique, antérieur au percept événementiel, et ne pouvant être ni jugulé ni orienté par la simple " réduction vacante " du fait perceptif et de ses objets. Pour cette raison, la bienveillance dans le bouddhisme relève d'un changement de perception alimenté par la mise en pratique de ce que l'éveillé exprime sous la forme de la sagesse. Ce changement d'état permet de mieux percevoir les phénomènes tels qu'ils sont. Ceci constitue la progression sur la Voie et, par là-même, la sortie du cycle des six états de souffrance que sont: l'enfer, l'avidité, l'animalité, la colère, la tranquillité et la joie temporaire. Par contre, l'état naturel des êtres et des choses n'exprime, selon la forme de chacun, que l'appartenance aux six premiers états et conditionne de ce fait la subjectivité des perceptions et réactions à tous stimuli. Il apparaît clairement, en effet, que le même objet ou le même être ne peuvent être perçus d'une manière identique par des êtres exprimant des états différents. Or, si ce point évident n'a pas été ignoré par certaines écoles bouddhiques, l'attachement à la vacuité pollue, malgré tout, leur pensée, et donc leurs conclusions.
Par exemple, les enseignements provisoires énoncent: " Parce qu'à la conscience d'un esprit affamé, d'un animal, D'un humain, d'un dieu, chacun selon sa classe, Une même chose est différente, On n'accepte pas l'existence d'objets extérieurs ".(32) Nous avons là un bel échantillon des excès auxquels conduisent les vaines arguties du manque de profondeur. De fait, s'il est certain que l'ignorance peut être parfois percue comme étant du mépris, il n'est pas moins certain que toutes les doctrines baignant dans un monisme spiritualiste aboutissent à la sur-évaluation du percept, au détriment du " pseudo perçu " et, par là-même, à l'évacuation de la réalité: le monde phénoménal. A la lecture de cet extrait, pour ce qui est de notre école, nous mettrons l'accent sur l'importance de changer son propre état de vie pour mieux percevoir la réalité des phénomènes plutôt que, comme certains animaux, de plonger la tête dans le sable et constater: " comme je vois rien, y a rien ". Ce qui, en outre, pour cette espèce d'oiseau sans élévation, n'est pas sans laisser le corps, lui malgré tout bien réel, dans une position de vulnérabilité sans commune mesure. Découlant de l'obscurité fondamentale, la non prise en compte de la réalité des phénomènes entraîne, nous l'avons souligné, de multiples souffrances adaptées.
Pour cette raison, seule la mise en pratique, et donc la production en son esprit d'une sagesse dépassant ce vers quoi naturellement l'on tend, permet de modifier sa tendance profonde. Dans les faits, l'application " physique " de cette sagesse entraîne l'apparition en soi de la bienveillance et permet d'éclairer l'ignorance, l'avidité et l'orgueil dont nous sommes naturellement porteurs. Sinon, l'attachement à la " vérité vulgaire " de la perception anthropocentrique perpétue le cycle des six voies pour soi et pour autrui. C'est dans le cadre de cette logique qu'en présence de Shakyamuni, son disciple Sharihotsu enseigna aux moines: " De l'apparition de la conscience résulte l'apparition du nom et de la forme... De l'apparition du nom et de la forme résulte l'apparition des six sphères des sens ". (33) La " conscience " d'un objet présent/absent qualifiant la prise d'image réelle/irréelle par le sujet, la forme de celui-ci et son état intérieur provisoire en déterminent la qualité sensible sans qu'il soit jamais question d'objectivité absolue. Le pissenlit ou le manque du père sont perçus différemment par la chèvre, le scolopendre, le médecin bénévole et la cultivatrice. Or, cette " conscience " étant agencée par un ensemble de facteurs convergents dans l'efficience momentanée, elle ne peut guère être envisagée comme acausale. Autrement dit, la " volonté de conscience de..", ou de percevoir des images assorties aux noms, déterminent les capacités perceptives et leur hiérarchie, selon l'importance donnée à chacune, et délimite la forme individuelle adéquate les supportant. Le " vouloir percevoir " une certaine catégorie de formes, c'est-à-dire un lieu d'exercice, exprime dans tous les cas un vouloir individuel. Tout agencement provisoire en est donc l'expression. Dès lors, au sein du " même " monde de l'animalité, tant la forme du requin, que celle de la luciole ou du pélican, définissent un choix de facultés perceptives et d'objets adéquats induisant un temps et un espace particuliers. Le maintien de la forme du corps s'appuyant sur une constante association d'éléments précaires, ce vouloir s'élabore d'une manière consécutive, et par là-même, causale. Cette élaboration provisoire de forme et de capteurs exprime la " volonté de conscience de " ou l'état dominant de l'être.
Il en découle naturellement le constat suivant: la conscience étant produit causal, les six sens ne nous permettent guère de voir " le monde " mais uniquement le monde réduit de notre perception, puisque celle-ci est causalement consécutive à l'envergure des sens, eux-mêmes consécutifs à une volonté de conscience de.... Il est notoire, du reste, que chacun exprimant un avis partisan sur de multiples notions démontre, par là-même, la production d'un monde consécutif et unique de représentation de formes adéquates. Pour exemple, dans le cadre de la psychologie contemporaine, les différences quant aux introjections du monde extérieur dans des structures telles que la névrose obsessionnelle, l'hystérie, la paranoïa ou encore l'hébéphrénie, montrent à quel point la représentation en soi conditionne, non seulement les mouvements mentaux et physiques du corps, mais auto-alimentent l'état de vie exprimé dans ses particularités. L'écart n'est-il pas encore plus difficile à concevoir avec les formes autres qu'humaines, alors que celles-ci existent indiscutablement, même si nos logiques d'attribution du fait sensible patinent ?
Pour cela, il nous apparaît parfaitement inconséquent, voire délétère, d'aboutir au sentiment de l'inexistence en soi d'un monde phénoménal que l'on ne perçoit pas dans son essence. Nous l'avons signalé, le fait perceptif ne peut que provenir de son propre " vouloir voir " subjectif et incontrôlé, antérieur aux sens eux-mêmes ainsi qu'à l'effervescence phénoménale. Du reste, il est aisé de constater que la perception ne procède que de la forme, et que celle-ci n'émerge que d'une réunion provisoire d'éléments agencés par une ordonnance particularisante unique et causale. En ce sens, il n'est d'action effective vis à vis des êtres que dans la modification et l'approfondissement du regard porté sur eux.
En conclusion, bien que l'efficience ou acte momentané de la forme/pensée, soit conditionné et vacant, il n'en est pas moins le tissu de l'aspect réel de tous les phénomènes et traduit un " vouloir " antérieur à la forme même. Dans les faits, les dix états s'y expriment continûment ainsi que dans la totalité des dharma puisqu'ils possèdent eux-mêmes la momentanéité des cinq agrégats pour éternelle caractéristique. Dans ces conditions, seul le changement de son propre état de vie, au profit de l'état d'éveil, permet l'apparition d'une liberté inconditionnelle et constitue la progression sur la voie. Shakyamuni a effectivement déclaré: " A la disparition des illusions, la conscience d'éveil demeure, immuable... C'est pourquoi on parle d'immutabilité quand l'illusion s'est évanouie ". (34) Nous l'avons évoqué, la " volonté de conscience de " justifie l'auto production de l'état de vie de l'observateur, puisque la perception surajoute nécessairement à l'objet perçu les caractéristiques mêmes de l'état de l'observateur. Autrement dit, dans l'état d'avidité certains objets réels/irréels servent de support à l'état, alors que les mêmes objets favorisent nécessairement des ressentis différents pour d'autres états. Cependant, il en ressort que l'état de vie produit toujours ses images adéquates d'objets au détriment de ceux-ci. Dans ces conditions, la pitoyable avidité de certains pour les pseudo-valorisations de ce monde, l'attrait pour la puanteur du sophisme et l'insatisfaisante prétention orgueilleuse de certains autres vis-à-vis de leurs congénères montrent à l'évidence l'immaturité de leurs représentations du réel. En outre, ces dérèglements s'édifiant dans le cadre d'une logique du court terme alors que ce dernier, irréaliste, n'existe qu'en référence à une notion illusoire de durée limitée puisque le fait perceptif est continu, convenons que la stupidité, l'avidité et l'orgueil maintenant sont la stupidité, l'avidité et l'orgueil toujours. De fait, si " on parle d'immutabilité ( de l'éveil ) quand l'illusion s'est évanouie ", on parle de l'immutabilité de certaines souffrances lorsque la stupidité, l'avidité et l'orgueil sont " épanouis ".