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La période "nacrée"

                  ritiqué, mal compris, Renoir va peu à peu sortir de la période "sèche". Sans revenir à un coup de pinceau purement impressionniste, il va infléchir le trait, abandonner la rigueur tout en conservant le modelé de ses sujets.

 

La dormeuse (1897)  -  Collection Oskar Reinhart, Winterthur          Délicatesse, forme, couleur, lumière et volupté sont les maîtres mots de cette période "nacrée".

                  partir de 1889, Renoir doit éviter le froid car des crises de rhumatismes le font énormément souffrir et même si la beauté et la gaieté ont toujours dominé son œuvre, c'est malade et affaibli qu'il continue sa vie.

                  n 1890, il épouse Aline.

                  n 1892, Paul Durand-Ruel organise une exposition particulière de 110 toiles. C'est un triomphe, la reconnaissance pleine et unanime du public et de l'Etat qui, pour la première fois, se porte acquéreur d'une toile de Renoir,

Jeunes filles au piano (1892)  -  Musée d' Orsay, Paris         "Jeunes Filles au piano", destinée au musée du    Luxembourg.

                    n 1894, Gustave Caillebotte, peintre célèbre, l'ami de toujours – parrain de son fils Pierre – , le mécène des débuts, meurt en le désignant exécuteur testamentaire. Caillebotte laisse une collection fabuleuse de toiles "impressionnistes" composée entre autres de Renoir, Monet, Pissarro, Sisley .

                    enoir doit batailler ferme pour que l'Etat  accepte quelques toiles dans ses musées. Trois années durant, il s'acharnera à faire entendre raison aux membres de la commission de décision. Grâce à lui, en 1897, trente-huit toiles sur soixante-dix léguées intègrent les collections nationales - dont "Le bal du moulin de la Galette" - et restent ainsi en France. Ces trésors sont aujourd'hui conservés au Musée d'Orsay. Ils portent la mention : « legs Gustave Caillebotte ».

               

Portrait de Jean (1899)  - Musée de l' Evêché, Limoges          En septembre 1894, naît le second fils de Renoir, Jean, qui deviendra l'un des grands cinéastes du 20e siècle, accessoirement romancier (Le Crime de l'Anglais...), auteur de théâtre et metteur en scène (Orvet), acteur (Octave dans La Règle du Jeu) et même, dans les années qui suivirent la mort de son père, céramiste.
Gabrielle et Jean (1895)  -  Collection particulière         Gabrielle Renard, cousine d'Aline est engagée comme bonne d'enfants.

        Elle deviendra bientôt le modèle préféré de Renoir.

                     lle figure sur de nombreuses toiles, d'abord seule ou avec Jean et même en compagnie de la famille Renoir.

Gabrielle aux seins nus (1907)  -  Collection Matinais-Manguin, Paris Gabrielle en blouse rouge (1910)  - Fogg Art Museum, Cambridge Gabrielle, Jean et une petite Fille (1895)  -  Collection particulière La famille de l' Artiste (1896)  -  Fondation Barnes, USA

                      

                            enoir s'était souvent rendu à Essoyes, dans l'Aube, le village natal de sa femme. Il y avait passé plusieurs étés avec sa famille.

  Aux alentours de 1895, Aline, très attachée à sa terre natale, l'incite à y acheter une maison. Des travaux d'aménagement qui s'étaleront sur plusieurs années sont entrepris et réalisés par des artisans de la région, en particulier Félicien Gérot, entrepreneur à Bar-sur-Seine. Ainsi, la maison devient plus spacieuse et confortable et permet d'accueillir des visiteurs. C'est ainsi que Julie Manet, fille de Berthe Morisot et d'Eugène Manet – le frère du peintre – relate dans son Journal deux longs séjours effectués dans le village en 1897 et 1898. Une grande pièce du rez-de-chaussée sert d'atelier durant plusieurs années, jusqu'à la construction, en 1905, au fond du jardin, du splendide atelier désormais ouvert au public. 

La maison d'Essoyes (1906)

                       n 1900, Renoir est au sommet de sa gloire, célèbre jusqu'à l'étranger où de nombreuses expositions de ses oeuvres sont organisées. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur.

                      a maladie s'aggrave ; de fortes crises de d'arthrose attaquent ses membres et déforment ses mains, sa vue s'affaiblit. Il doit passer tous les hivers dans le Midi de la France et suivre de nombreuses cures thermales, notamment à Bourbonne-les-Bains. Mais malgré ses souffrances, il reste fidèle à son chevalet.

                       'année 1901, c'est le grand bonheur. La naissance, à Essoyes, de son dernier fils, Claude, surnommé « Coco ». Toute sa joie éclate dans sa peinture. Emerveillé par ce fils tardif, il peindra Claude à maintes reprises. Jean Renoir écrira à propos de son jeune frère : « Coco fut certainement l'un des modèles les plus prolifiques de Renoir. Je ne vois que Gabrielle pour le battre quant au nombre. Elle est très en tête de lui quant à la dimension des tableaux. Je pense aux grands nus que je vis naître et se préciser » (Jean Renoir : « Pierre Auguste Renoir, mon père »).

Claude Renoir jouant (1906)  -  Musée de l' Orangerie, Paris Portrait de Coco (1908)  -  Collection particulière Claude en robe rouge (1909)  -  Musée de l' Orangerie, Paris

                    

Claude et Renée (1903-1904)  -  National Gallery of Canada, Ottawa        Il le peint notamment dans les bras de sa jeune nourrice, Renée Jolivet, fille de la sage-femme d'Essoyes qui avait assisté Mme Renoir lors de sa naissance le 4 août 1901.

       Tout comme Gabrielle, Renée deviendra  modèle de Pierre-Auguste Renoir.

                              uguste Renoir est maintenant reconnu et apprécié. Au salon d'automne de 1904, une salle entière lui est consacrée. En 1905 il en sera le Président d'honneur et il peint, peint encore, dans la douleur mais avec bonheur.

 

Les "Collettes" à Cagnes            En 1907, il achète le "domaine des Collettes" à Cagnes, ville qu'il aime particulièrement depuis longtemps. Il y passera chaque hiver jusqu'à la fin de sa vie, séjournant l'été à Essoyes.

             

Certificat de vente d'un tableau de Renoir à Monsieur Ryerson en 1911              rl.gif (1082 octets)es ventes s'enchaînent, les prix s'enflamment. De grands collectionneurs américains comme  Martin A. Ryerson, l'un des fondateurs de l'Art Institute de Chicago, achètent  "du Renoir".

                       n 1911, il est nommé officier de la légion d'honneur  mais les honneurs ne l'intéressent guère.

Auguste Renoir, Aline et Claude en 1912

                          aralysé, cloué dans un fauteuil roulant, les mains déformées, jamais il ne perdra le goût de peindre. Les paysages méditerranéens, les gens qu'il aime, les nus féminins, seront ses sujets préférés en cette fin de vie.

                          a guerre n'épargne pas la famille Renoir. Pierre et Jean sont mobilisés en 1914. Pierre est blessé dès les premiers jours du conflit. Puis c'est au tour de Jean. Aline se rend alors à son chevet. C'est au retour d'un voyage exténuant effectué à Gérardmer où son fils cadet est hospitalisé qu'Aline, la radieuse jeune femme des canotiers, la mère attentionnée, la femme de Renoir, désormais fatiguée, souffrant de diabète, s'éteint à Nice, le 27 juin 1915, dans un appartement que les Renoir louent, 1 place de l'église du voeu. Elle a cinquante-six ans. On l'inhume alors dans le cimetière du château à Nice.

Le déjeuner des Canotiers (1881)  -  The Phillips Collection, Washington Aline Charigot (1885)  - Museum of Art, Philadelphie Madame Renoir et Bob (1910)  -  Wadsworth Atheneum, Hartford

                           enoir s'acharne à peindre pour oublier son chagrin, ne vit plus que pour son art toujours plus fleuri, plus coloré. Ses baigneuses sont plus rondes que jamais, charnues, colorées et ensoleillées comme des fruits.

Les baigneuses (1918)  -  Musée d' Orsay, Paris

                            econnaissance suprême, il est promu Commandeur de la légion d'honneur en février 1919. Sa toile "Madame Georges Charpentier et ses enfants" est exposée au Louvre. Il se rend à Paris. Il veut revoir les oeuvres du passé, autant de souvenirs d'une époque difficile pour les impressionnistes. Heureux, il visite le musée où il est reçu "comme un pape de la peinture".

                            e retour à Cagnes, il entreprend une nature morte, mais la maladie l'emporte.

La tombe de Pierre-Auguste Renoir juste devant celle d'Aline

            Il meurt au matin du 3 décembre 1919 à l'âge de soixante-dix-huit ans. Il rejoint alors son épouse dans le vieux cimetière du château de la ville de Nice.
            Deux ans et demi plus tard, le 7 juin 1922, les dépouilles mortelles du couple Renoir sont transférées dans le département de l'Aube où elles reposent désormais dans le
cimetière d'Essoyes. Depuis, Pierre et Jean, puis les cendres de Dido Renoir – seconde épouse de Jean – partagent sa sépulture.
La tombe d'Aline, Claude et Claude Junior  

            La tombe d'Aline est derrière celle de son mari. Elle la partage avec sa mère, son fils Claude et son petit-fils Claude (fils de Pierre et de la tragédienne Véra Sergine, illustre chef-opérateur du cinéma français).

                            on œuvre est immense et magnifique. Elle témoigne de ses recherches, de ses doutes mais surtout et avant tout, de son plaisir et sa soif de peindre.

 Délicatesse, Volupté et couleur des tableaux "nacrés" 

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A la rencontre d'Auguste Renoir 2008 ©Danielle Meurillon

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