(Ce dossier a été réalisé par Mlle NORMA.L ETUDIANTE EN HISTOIRE )
Au XIXe siècle, pour faire face au pénurie de main d’œuvre que demande l’industrie sucrière, La Réunion se tourne vers l’immigration indienne. L’immigration indienne commença en 1829 et se poursuivit par la suite. Des structures d’accueil adaptées sanitairement ont été mis en place pour pouvoir accueillir les passagers et marchandises des navires en provenance de l’Inde, cela même en l’absence de cas de maladie déclarée. Ainsi, les lazarets de la Ravine à Jacques ensuite ceux de la Grande Chaloupe, conçus pour la mise en quarantaine des nouveaux immigrants, permettaient d’éviter tous risques de propagation des épidémies s’il y en avaient.
Le terme de « lazaret » est synonyme de controverse. Pour certains le terme tirerait racine du nom de Notre Dame de Nazareth, îlot de convergence qui se situerait près de Venise et pour d’autres le mot découlerait d’une contamination linguistique avec Saint-Lazare, patron des lépreux. Dans tous les cas e lazaret fut désigné anciennement sous les termes d’hôpital, d’hospice, d’infirmerie, de « sanitat ».
Le lazaret de la Ravine à Jacques fut construit en 1827 et ceux de la Grande Chaloupe furent construit en 1861. Ceux-ci a accueilli l’essentiel des convois d’immigrant dès sa construction, soustrayant ainsi le rôle du premier lazaret. Le site accueillaient les immigrants indiens jusqu’à ce que soit supprimé les accords franco-britanniques en 1882 etque cesse réellement l’immigration indienne vers La Réunion en 1885. Le site accueillaient encore à partir des années 1888, pour les besoin de la Société du Port et du Chemin de fer, des hommes provenant de d’autres régions (des Malgaches, des Cafres, des Comoriens, des Rodriguais, des Somalis, des Arabes, des Chinois, des Tonkinois). Mais en 1930, le lazaret de la Grande Chaloupe qui connaissait sur son sol de forte concentration d’individu et une activité intense, fut abandonné en 1930. La fermeture du site intervient en 1945.
C’est exactement ces lazarets, lieux de passage obligés pour les immigrants indiens, qui vont faire l’objet de notre étude. Ainsi brièvement, nous verrons dans une premier partie l’aspect qu’ils avaient, dans une deuxième partie la vie des uns et des autres en ces lieux et enfin, la préservation du « cordon sanitaire ».
Pour être accepté sur le site du lazaret, les armateurs devaient remplir des conditions obligatoires préalablement inspectés. Ainsi, l’armateur devait, entre autre, faire transporter au lazaret des médicaments, des personnels et des ustensiles de soin, des provisions suffisants pour la nourriture des immigrants pendant 15 jours, et des ustensiles nécessaires pour la préparation des aliments. Il devait veiller, en outre, à ce que les hommes qui arrivaient au lazaret soient tous munis de vêtements et d’effets de couchage. Les clauses respectées les occupants du navire pouvaient débarquer.
A noter que pas tous les Indiens étaient envoyés au lazaret pour la décontamination (cause : soit surcharge des lazarets, soit des passagers indiens libres ou d’autres Indiens étaient jugés « sanitairement satisfaisants » pour ne pas y être expédiés).
Les Indiens envoyés au lazaret, du fait de leurs voyages pénibles, arrivaient dans des états désastreux. Au lazaret, où ils sont mis en quarantaine, des médecins s’occupaient d’eux afin que ceux-ci puissent rejoindre leur lieu de travail à la levée de la quarantaine. Des morts survenaient, et d’autres étaient soigner avec une aide précaire.
Les lazarets abritaient selon les périodes des centaines ou des milliers d’immigrants. De 1860 à 1865, les lazarets étaient continuellement occupés, avec des périodes de forte concentration qui amenaient des surcharges. En janvier 1863, par exemple, pas moins de neuf convois étaient installés dans les locaux des lazarets de la Ravine à Jacques et de la Grande Chaloupe en même temps (Note : Marimoutou Michèle, les engagés du sucre, éditions du Tramail, Saint-Denis , 1989, page 37.)
Les Indiens étaient confinés dans des bâtiments à espaces réduits, clos, surpeuplés, insalubres, coupés du monde. Les bâtiments comportaient peu d’ouverture et par conséquent l’aération ne pouvait se faire convenablement, ce qui devait sans aucun doute, quand on sait que ces bâtiments étroit étaient de plus surchargés de personnes, laisser place à des odeurs nauséabondes.
Les coolies étaient encadrés dans leur vie quotidienne au sein des lazarets par un personnel restreint qui assurait la surveillance, les soins et supervisait l’encadrement. Ainsi, un capitaine de lazaret devait faire exécuter les ordres provenant des autorités supérieurs, veiller à la bonne démarcher des quarantaines, et adosser le rôle de policier et de médecin. Pour ce dernier rôle il était assisté par un infirmier qui soignait les nouveaux arrivants. A ces côtés, un Agent comptable ( un agent à la Ravine à Jacques et un autre à la Grande Chaloupe) gèrait la gestion du matériel et de la nourriture, s’occupait de la comptabilité de l’établissement, et parfois se chargeait de la surveillance. Un gardien (un gardien à la Ravine à Jacques et un autre à la Grande Chaloupe) avait pour tâche de surveiller la porte et la cour, de veiller à la propreté et à l’entretien des bâtiments et des matériels, et de distribuer la nourriture. On trouvait aussi, un interprète affilier à exécuter divers tâches avec les autres membres du personnel. Parmi les Indiens, des commandeurs ( les mestrys) jugés plus habiles ou plus intelligents, étaient choisis pour surveiller leurs semblables, dans leurs corvées. Les Indiens valides exécutaient les travaux quotidiens. Tous les lazarets étaient sous contrôle de l’Administration.
C) La gestion du temps quotidien
L’Administration des lazarets n’avaient guère de problème pour contrôler les Indiens. Ces derniers ne se résignaient pas à aller chercher de l’eau à la ravine, à aller ramasser du bois ou à faire à manger. Cependant quelques Indiens encore attachés aux traditions de l’Inde, notamment au principe d’impureté manifestaient plus de dédain à faire les corvées de nettoyage (le nettoyage des cours, les salles de dortoir, des latrines, des planchers préalablement cirées) jugées « impur » et réservées aux «hors-castes » (Note : page 41 Michèle Marimoutou.).
Quotidiennement les vivres étaient acheminés au lazaret ( à pied par la route Laugier pas tout à fait construite à l’époque ou par chaloupes) par des hommes de l’atelier de discipline, et les immigrants sur place se chargeaient de la cuisson des repas.
Compte tenu des risques climatiques (cyclones surtout) qui sévissaient dans l’île surtout au début de l’année, l’approvisionnement, qui concernait un grand nombre d’individu, n’était pas une mince affaire et présentait des difficultés : « En effet, pendant la saison cyclonique, il faut prévoir l ‘éventuel isolement total des lazarets et les introducteurs qui doivent fournir la nourriture sont invités à le faire : « j’ai l’honneur de vous inviter à diriger sur chacun de nos lazarets de la Grande-Chaloupe un approvisionnement suffisant de vivres pour 400 hommes. Il importe que dans cette saison les lazarets soient toujours bien approvisionnées… » (NOTE : ancienne côte : ADR 103 M 6 : mention est faite de leur existence dans la lettre du medecin-chef au directeur de l’Intérieur au 27 juillet 1865.).Aussi, il pouvait arriver que la totalité de l’approvisionnement ne soit pas entièrement livré et que cela conduisait à une diminution des rations.
Les engagés indiens avaient comme ration quotidienne en 1861 : 800 grammes de riz du Bengale ou de la côte de l’Inde, accompagnés de125 grammes de morue ou 250 grammes de grains secs distribués en alternance, ajoutés à 15 grammes de sel et à 8 grammes de graisse, le tout joints par des ingrédients en provenance de l’Inde ( tamarin, piments, safran, mantèque…) pouvant être grossis selon les périodes par de la viande ou des pommes de terre.
La qualité des produits ( le poisson constate Adolphe Coustan, est « presque toujours avarié et souvent à moitié rongé par les laves ou les cancrelats » (Note : Coustan Adolphe, hygiène d’un convoi d’immigrants indiens au lazaret de l’île bourbon, thèse de médecine, Montpellier, 1867, page 104), les repas peu variés et distribués en faible quantité, révèlent tout l’intention que les armateurs portée aux coolies.