|
|
|
Une
entrée dans l'écrit:
Un
texte de Frédérique Mattéi, Rééducatrice Pour
visiter son site perso sur la rééducation cliquez Ici
|
Une
entrée dans l'écrit...
|
|
Voilà quelques bribes de l'histoire d'une petite fille, S*,
en rééducation individuelle.
S*
est maintenue en CE1. Suite à un bilan fait en juin, j'ai
commencé à travailler avec elle en septembre. En classe elle
était perdue, éteinte, pleurait souvent. Fin de CE1, elle ne
lisait pas. Elle a été suivie en adaptation d'une part, et en
orthophonie 2 fois par semaine, d'autre part ; cela ne
semblait pas suffire. Elle ne mettait aucun sens sur les
apprentissages, pour elle lire c'était pour bien travailler,
pour ne pas se faire "engueuler" et pour passer en
classe supérieure. En juin dernier elle n'avait toujours pas
compris le principe alphabétique. Elle m'a dit détester ses maîtresses,
2 mi-temps. Quand
elle a vu que je prenais des notes à ce sujet, elle m'a dit
"t'écris pas ça", bien qu'elle sache
que le contenu des séances reste confidentiel.
Elle m'a beaucoup
interrogée sur les notes que je prenais
(pourquoi
tu écris, ? tu fais ça avec tous les enfants ?
etc..) Je lui répondais que je gardais ainsi la
trace de son histoire en rééducation. Je pense
qu'alors elle a commencé à élaborer
(
entre autre)
son propre questionnement face à l'écrit.
Sa mère paraît être à son écoute. Cette dernière était
ouvertement en conflit avec les maîtresses, qu'elle
jugeait incompétentes et qui, selon elle, exigeaient des choses
dont S* n'était pas capable parce qu'elle ne savait pas lire.
En résumé le mère m'a confié: On
lui demande de lire alors qu'elle ne sait pas lire et les
maîtresses s'énervent beaucoup. S*. était
ainsi prise dans une double contrainte, et peut-être un conflit
de loyauté.
Cette année elle a les mêmes maîtresses, mais cela se passe
mieux.
Tous ces points :
(peur de l'écrit, représentation erronée de l'écrit,
incapacité d'être seule, rapport au savoir, interdit de
savoir, conflits psychiques) transparaissent bien dans son
histoire.
Son récit initial m'est dicté à partir d'un dessin
libre. Comme rituel de fin de séance, je demande aux
enfants de faire un dessin et d'accompagner celui-ci d'un
récit "l'histoire du dessin", s'ils le veulent bien.
Ma relecture, avec le ton théâtrale qu'il se doit, est
toujours un moment de plaisir pour l'enfant.
|
Le
récit de S*
"C'est le matin et il fait beau.
Renardeau se réveille pour aller à sa nouvelle école.
Il se perd en route parce qu'il ne
connaît pas le chemin et les panneaux(1)
lui disent n'importe quoi parce qu'il n'arrive pas à les lire.
Et puis, il rencontre un arbre couverts
de cerises, bien rouges, bien mûres.
Renardeau les mange vite, vite, vite...
Et après il commence à pleuvoir et Renardeau rentre vite chez
lui.
Sa maman lui demande : "C'était
bien l'école? T'as bien travaillé ? Qu'est-ce que tu as
appris?"
Il lui répond : "Mais, Maman,
j'ai oublié d'aller à l'école, je me suis pommé en route, je
n'arrivais pas à lire les panneaux..."
Elle l'interrompt et le dispute :
"Sale renard! Vas-vite dans ta chambre et vas mettre ton
pyjama. Si tu savais lire, au moins tu ne te serais pas perdu.
C'est pour apprendre à lire que je t'envoie à l'école!
S*
le 10 octobre
|
|
S* a adoré son histoire et me l'a fait lire plusieurs
fois... Elle me disait : "c'est
beau, c'est pas moi qui a fait ça!"
|
(1)
Les panneaux qu'elle avait dessinés étaient couverts de gommettes
avec des signes contradictoires (une flèche indiquant une direction,
une autre flèche indiquant une direction opposée)

|
Une
entrée dans l'écrit (suite...)
|
|
Toujours S*, la séance suivante à une semaine
d'intervalle, elle décide de choisir comme support de médiation
la pâte à modeler, et spontanément désire me dicter un récit
. Tous les éléments de l'histoire sont d'abord réalisés en pâte
à modeler. Elle verbalise peu en faisant, mais me dit, l'air réjoui
"attends, tu vas voir un
peu l'histoire!"
Il
semblerait que son questionnement porte sur les dangers que peut
représenter l'écrit et l'entrée dans la connaissance, dans le
savoir.
On pourrait aussi entrevoir le sentiment de dépossession
de son désir par autrui: on se trouverait alors aliéné (au sens de : être
rendu autre) et réduit à l'état d'objet, subissant la situation. Mais ne
doit-on pas se plier au code et à la règle pour apprendre à lire ?...
Difficile
pour cet enfant (et beaucoup d'autres...) de trouver le juste
milieu pour apprendre à lire : d'un côté accepter le code et
les règles et de l'autre construire du sens en se servant non
seulement des matériaux du texte, mais aussi de ses
connaissances, de son histoire, de son vécu.
|
Le
récit de S*
C'est une sorcière. Elle va près de
sa porte, elle s'aperçoit qu'il y a un bonhomme qui essaye de
regarder ce qui se passe dans son jardin. En fait il avait lu
son nom sur une plaque (2)
de la porte:
|
Madame STOC
Sorcière
Rendez-vous
tous les jours à 5 heures |
Il y avait des araignées sur la porte.
Il croyait que c'était une blague, il voulait voir et il
voulait savoir. Il l'a vue (3)
et s'est aperçu que c'était une vraie sorcière. Il regarde,
la sorcière boit sa potion magique, récite sa formule
"caca dabrac" et le transforme en tapis qu'elle met près
de son lit.
C'est son premier personnage qu'elle a capturé.
S*
le 17 octobre

|
(2)
S* est allée 2 fois par semaine en rééducation orthophonique l'année
précédente, lors de son premier CE1
(3)
Sous la dictée, j'ai transcrit: "il
l'a vue", dans l'après coup, j'ai pensé que cela
aurait pu être "il a vu"...
Frédérique Mattei ©
Tous droits réservés
23/11/06
|
|
Mise
en ligne sur ce site avec l'aimable autorisation de son
auteure. |
|
Frédérique
Mattéi ©
Tous
droits réservés
|
03/11/02 |
|
Toute
reproduction totale ou partielle de ces écrits ne peut être
faite sans le consentement de son auteure. |
|
|
|