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Extraits:
Le
groupe comme matrice.
(....)
Au
sein du groupe vont donc se jouer des problématiques de
limite bien spécifiques et/ou d'identification oedipienne.
L'individuation, c'est à dire le parcours que doit effectuer
chacun pour conquérir son individualité et devenir soi, se
fait dans un dialectique moi-groupe. Comme l'image du corps,
elle est un processus dynamique et on un acquis définitif. Or,
la danse permet de jouer cette dialectique au travers d'un florilège
de propositions identificatoires. On trouve en effet dans les
danses traditionnelles de nombreuses figures de la relation
individu/groupe: le danseur est tantôt au sein du groupe,
enveloppé et protégé, tantôt mis en valeur, magnifié, ou
encore participant, fondu dans la masse, tantôt
différencié, voire affronté au groupe ou même exclu....
Les relations mises en scène -ritualisées- sont variables:
co-existence, coopération, rivalité, arrachement, agression,
amour, maternage....
Les
propositions en danse-thérapie peuvent être lues ou
construites pour explorer précisément ces différentes
positions de l'individu au sein du groupe.
P.
110

Fonctions
et rôle du danse-thérapeute: le cadre et le dispositif
(.....)
Rôle
et fonction
(....)
Le
danse-thérapeute, en tant qu'animateur, accomplit une fonction
parentale. Maternelle, tout d'abord, en tant que réceptacle et
garant de ce que les participants déversent, selon
l'expression de Decherf, en tant que pare-excitation, et aussi
par rapport à la médiation qu'il exerce entre les participants
et les expériences proposées. Il doit littéralement porter
les participants, réguler les entrées, assumer les fonctions
de holding, de hangling et d'object presenting
énoncées par Winnicott. La fonction paternelle, quant à elle,
se rapporte d'une part à la capacité de perforation de
l'animateur, c'est-à-dire aux dérangements qu'il introduit
dans les fonctionnements des participants, d'autre part aux lois
posées, en particulier les règles de non-passage à l'acte,
agressif ou sexuel....
P.
111
Le
cadre et le dispositif en danse-thérapie
"Le
danse-thérapeute" est l'instigateur et le garant du cadre
des séances, ainsi que du dispositif mis en place. Cadre et dispositif
sont intriqués, particulièrement en danse-thérapie où les
variables font intégralement partie du dispositif et sont donc
sans cesse en évolution. C'est en effet une spécificité de la
danse que de travailler les transitions, les passages: d'un mouvement
à l'autre, d'une spatialité ou d'une temporalité à l'autre,
d'un type de relation l'autre.... Le terme anglo-saxon qui correspond
à cette notion complexe de cadre/dispositif est celui de setting,
apparu dans le champ psychanalytique, et qui décrivait
initialement les règles formelles de la rencontre: lieu, temps,
rythme, organisation de l'espace et du temps de la séance....
Le terme s'est ensuite étendu au dispositif, c'est-à-dire à
ce qui est proposé au sein du cadre. Pour accueillir les
patients, gérer leurs difficultés identitaires et/ou existentielles,
et leur permettre de s'y mobiliser en vue d'une évolution, la
séance doit être à la fois contenante, sécurisante, pour
éviter la dispersion, ou le morcellement, suffisamment souple
pour permettre les explorations et l'expérience de transformations,
mais elle doit aussi pourvoir déranger un certain ordre dans
lequel les participant se confinent. C'est dont le
danse-thérapeute qui va garantir le cadre, mettre en place le
dispositif, et veiller à le faire évoluer au cours de la
séance et d'une séance à l'autre.
P.
112
La
dialectique sujet/groupe On
peut repérer les différentes positions du sujet vis-à-vis du groupe
et développer des propositions spécifiques pour les faire
explorer, l'important étant que les participants ne se figent
pas dans l'une d'entre elles. La danse, soutenue par la voix et
le rythme, permet une circulation fluide entre ces diverses
positions. Pour chacune, un ou deux exercices types seront
brièvement décrits. Il faut constamment garder à l'esprit que
ces processus sont des mouvements -des déploiements d'énergie
psychique- qui ont lieu au sein du groupe avec ses qualités
qu'on a pu assimiler à celles du Moi-Peau (maintenance,
contenance, pare-excitation, individuation, mémoire...). On
peut donc aussi comprendre ces postions en termes
d'identifications (projectives et introjectives), de
projections, symbolisations, régressions, transferts (déni et
clivage) déplacements, relation narcissique... P.
118
Se
différencier
Une
autre catégorie de propositions vise à permettre à chacun de
se distinguer du groupe, de vivre un processus d'émergence et
de différenciation. Un exemple simple consiste à accorder le
groupe sur une pulsation, avec éventuellement un geste ou un
son commun, et de demander à chacun, tour à tour ou librement,
de sortir de l'unisson pour développer une partie personnelle.
Il s'agit donc de se déphaser pour développer consciemment une
danse personnelle. P.
125 
Ce
qui m'a toujours frappé, c'est la perte de repères que semble
éprouver l'entourage de ces enfants polyhandicapés, comme si
bien souvent on ne savait -ou n'osait- pas les toucher.
Par peur de leur faire mal, par incompréhension,
méconnaissance des besoins, parce que parfois ils bavent, au
nom d'interdits renvoyant à une peur de l'érotisation.... pour
toutes sortes de raisons, en fait, qui font qu'en fin de compte
ces enfants restent sur leur faim dans le domaine des interactions
corporelles, et que nous nous privons d'un mode de communication
qui est tout de même celui qui a soutenu une bonne partie de
nos premiers échanges, qui nous a donc informés. Or, ces
enfants sont le plus souvent sans langage et sans autonomie
motrice, sans parler des déficits sensoriels plus ou moins
lourds, ce qui rend inutiles ou peu efficaces certains de nos
moyens éducatifs classiques. P.
158 
L'imaginaire
et la symbolisation "C'est
piscine et plouf au fond, au fond, au fond.... plus d'air",
dit Julian en mettant les mains sur sa gorge. Il est prêt à
sauter du banc et nous transmet le contexte, l'histoire qui
émerge de ce jeu corporel. Il reste sur le banc sans pouvoir
sauter, comme pétrifié par l'issue tragique que pourrait avoir
son histoire. A ce moment Alina se précipite sur le banc et se
projette dans les tissus: "Au
secours, au secours, au secours..." crie Alina de toutes
ses forces. Je
fais mine de plonger au fond de l'eau et de nager pour aller la rejoindre
et l'aider. "Vite,
vite, vite, je dois vite nager... ah, ca y est, je te vois,
Alina... j'arrive, j'arrive....Voilà, prends ma main..."
Je joue la scène avec émotion et Aliana s'accroche à moi avec
force et densité. Je sens enfin dans son corps quelque chose
qui s'anime, qui se remplit! Elle se sert de ses pieds comme
appui solide pour se sortir des tissus: la vitalité apparaît
ainsi que le plaisir. J'observe
ici deux processus différents: d'une part Julian qui fait
émerger un imaginaire d'un jeu corporel; d'autre part Alina qui
"plonge" littéralement dans le scénario de Julian et
accède par là à un jeu corporel riche en éprouvés. C'est un
processus particulièrement important si l'on se souvient de la
problématique d'inconsistance et d'anesthésie d'Alina. Sur
le bord (du banc), tout le groupe suit la scène avec
enthousiasme, exprimant tout à tout des sentiments de peur, de
joie, manifestant des attitudes d'attentes, d'impatience,
d'encouragement... Julian
peut à présent s'élancer du banc et jouer cette scène où la
sécurité et la fiabilité que représente l'adulte, de par sa
place et sa fonction, sont mises à l'épreuve. Il
saute au coeur des tissus, en criant très fort "héhéhéhé..."
puis s'accroche fort aux tissus, les mord, me mord et me griffe
à mon tour, lorsque je viens jouer le jeu du sauvetage. Ce
n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'il pourra m'appeler à
l'aide et jouer véritablement, dans le "faire
semblant", cette scène. Il semble, à ce moment-là que
son angoisse soit générée, entre autres, par cette confusion
entre réel et imaginaire. P.
216 
Un
parcours de la différenciation à l'individuation Ce
dernier rituel consiste à chanter une chanson de gestes et de
paroles: "A Toi, A Moi, A Nous"". Nous recréons
le cercle dans un endroit précis de la salle, réservé à
cette proposition. Chacun
prend un coussin et s'installe dessus afin de marquer son espace
propre, son individualité. Il s'agit de chanter ensemble puis
chacun à son tour d'écouter les autres, sans les
annuler. Cette
comptine utiliser le geste et les mots qu'on adresse à l'autre
puis à soi et enfin au groupe: "A
MOI" = poser la main sur soi; c'est le dedans, l'existence
propre de chacun. "A
TOI"= montrer l'autre; c'est le dehors, le monde et autrui. "A
NOUS"= poser les mains ou adresser des gestes aux autres;
c'est le groupe, c'est son individualité dans le groupal. Elle
constitue un moment où l'on définit l'altérité, ce qui est
moi/ce qui est toi, ce qui est à moi/ce qui est à toi, notre
capacité à être et à se différencier de l'autre. "Je
garde ma place dans le groupe et je continue d'exister pour moi
avec les autres;.." Alina
éprouve beaucoup de plaisir à cette chanson, mais ses erreurs
et confusions révèlent en grande partie ses difficultés: elle
confond "A Toi" et "A moi", dans les gestes
et les paroles et "A Nous" se transforme presque
toujours "A vous". Pour
Alina, "l'autre, c'est moi". (......) Avant
de se lever, d'aller remettre les chaussures et de se dire enfin
au revoir, nous prenons quelques secondes de silence, chacun sur
son coussin. Ce petit temps constitue un bon indicateur de
l'état intérieur de chacun. Certains se roulent en boule sur
leur coussin, d'autres se remémorent les moments du groupe en
montrant certains objets ou en fredonnant les musiques ou des
comptines, d'autres encore s'agitent ou agressent. Pour
canaliser les débordements,s nous limitons la séparation par
l'échange d'une poignée de main. P218/219. |