A travers son
élaboration par les Etats-Unis, la bombe atomique était censée mettre fin à la
guerre et par-là apporter un certain ordre au monde. Pendant la guerre froide,
elle a été le seul garde-fou et n’a, par ailleurs, jamais été utilisé.
Nous
verrons ici comment les premiers possesseurs de l’arme qui sont devenu un
« directoire » oligopolistique ont pu assurer une longue période
d’ordre dans la seconde partie du XXe siècle. Par la suite, nous verrons comment
l’ordre a été façonné grâce au principe de dissuasion et comment les organes de
régulations ont permis – et dans quelle limite – de limiter les effets
néfastes de la dissuasion à savoir, notamment, la prolifération nucléaire.
I ) Le « Directoire »
atomique
On entendra par pays
« développés » au sens nucléaire les cinq pays possédant un siège au
conseil de sécurité de l’O.N.U. ( USA, URSS, France, R-U, Chine ) ainsi
qu’Israël. On peut considérer que les contrôles en vigueur permettent une
sécurité suffisante. La présence de la Russie n’est justifiée que par son droit
de veto dans l’institution des Nations Unies, son arsenal n’étant pas si bien
gardé que certains dirigeant laissent à penser.
1) Naissance et
objectifs
Les Etats-Unis mettent au point
leur bombe A en 1945 et bombardent Hiroshima et Nagasaki. Ce fut d’ailleurs plus une tentative
d’impressionner les Russes qu’une façon d’arrêter des combats.
« Le Japon essayait à ce moment même de se rendre
sans perdre complètement la face […] Il n’était pas nécessaire de frapper avec
ce truc abominable. » Cette citation n’est pas celle d’un pacifiste
mais celle du Général Eisenhower dans son journal. Ainsi, les plus horribles
bombardements de l’Histoire n’auraient servi qu’à impressionner… Quelques jours plus tard, Truman,
tremolos dans la voix, déclarait qu’il lui était échu la responsabilité de
l’arme la plus terrible qu’il existe : mise en garde à peine voilée pour
l’URSS qu’on pourrait traduire par un ferme Gardez vos distances !
Tous les pays industrialisés ont
en commun le fait d’avoir mis au point seul leurs technologies nucléaires à
usage militaire. Bien que la rumeur veuille que la Chine ait emprunté des
technologies à l’URSS et aux Etats-Unis, l’élaboration des bombes a été
effectuée indépendamment des autres nations. La fabrication de cette bombe
provient de quatre principales causes :
|
1 Dissuader tout autre état d’attaquer |
2 Rivaliser avec les pays possédants pour des
raisons notamment politiques |
|
3 Assurer son indépendance militaire,
diplomatique… |
4 Obtenir une influence (droit de veto à l’ONU…)
ou assurer au pouvoir qui la développe un soutien populaire plus large |
Bien qu’au début, les deux Grands étaient forts heureux de
s’être arrogé le monopole atomique, quelques troublions s’installèrent. Le
Royaume-Uni, la France désiraient montrer
leur indépendance, la Chine souhaitaient enfin être reconnue sur la
scène internationale. La bombe étant la meilleure solution, ces pays s’en
dotèrent plus ou moins honorablement mais leurs arsenaux restèrent bien en deçà
de ceux des Grands.
2)
La course aux armements
Entre 1945 et 1949, les
bombardiers américains B-52 pouvaient facilement atteindre le territoire russe mais
une fois passées ces quatre années, le 22 Septembre 1949, les russes font
exploser une bombe expérimentale.
Les choix stratégiques furent très différents entre les deux
Grands ; bien que les bombes étaient les mêmes, les vecteurs furent très
différents.
L’URSS adopta une politique du tout ICBM, elle en possédait
en pleine guerre froide ( 1962 ) un nombre compris entre 1 000 et 3 000 qui
contenaient 3 000 à 7 000 charges dont 480 pouvaient atteindre le territoire
ennemi. Son nombre de bombardiers resta largement en deçà des américains pour
une raison de logistique : les russes manquaient de bases aériennes. Les
SNLE, quant à eux, furent développés non pas en projet indépendant mais dans la
politique krouchtchevienne de création d’une flotte de haute mer – Eskadra – à
partir de la crise de Cuba. Bien que le nombre de têtes embarquées avoisinaient
celui des USA, les charges ne représentaient qu’un Tiers de l’arsenal
américain.
Les Etats-Unis jouèrent aussi la carte des ICBM mais elle en
construit de bien plus petits en taille et en charge, néanmoins, leur précision
était beaucoup plus poussée : qualité pour les USA contre quantité pour
l’URSS. Ils ont aussi été les spécialistes des bombardiers grâce à leur
politique internationale qui obtenait des facilités aériennes dans le monde
entier : en Europe ( Islande, Ecosse, Turquie…), en Afrique ( Maroc,
Libye, Arabie Saoudite ), en Asie ( Japon, Philippines, Diego Garcia qui recèle
un nombre impressionnant de bombardiers B-52 améliorés dites forteresses
volantes), et en Amérique ( Thulé en Alaska, Hawaï, Porto Rico et bien sûr
le territoire proprement dit ). Leur bombardiers, bien que moins intéressants
que leurs ICBM restèrent grâce à la furtivité un élément majeur de leur
politique. Les SNLE n’étaient pas nombreux mais, eux aussi, possédaient chacun
un nombre plus important de charges. Au total, les UDSA possédaient 27 000
( ! ) charges, dont 3 000 pouvaient toucher le territoire soviétique
contre 480 pour les russes.
Remarque : Ces chiffres sont des maxima et leur
nombre a, heureusement, diminué avec le temps et les traités de désarmements.
3)
La course à l’espace, une image de la Bombe ?
Les russes firent la démonstration
de leur écrasante supériorité en matière d’ICBM pendant la course à
l’espace : Spoutnik, Laïka et Gagarine n’auraient pas pu exister sans les
poussées énormes ( jusqu’à 500 tonnes à la verticale ) des ICBM soviétiques.
Jusqu’en 1969, tout le programme reposait sur la supériorité des moteurs à
propergol russes héritées de la politique du « tout quantitatif »,
c’est à dire des missiles dont la portée était plus importante que celles
des américains.
La principale tâche des américains
fut d’ailleurs de rattraper cette avance. John Glenn, le meilleur exemple, ne
resta que 16 minutes en orbite alors que Gagarine, parti quelques mois
auparavant, tourna pendant 3 heures, la différence venant du fait que la fusée
de lancement S-8 ( qui portait aussi dans sa version habituelle des têtes
nucléaires ) , à l’époque bien plus puissante que leurs concurrents du
programme de l’Us Air Force. Ces derniers n’avaient pas une poussée suffisante
pour atteindre une orbite terrestre suffisamment éloignée pour satelliser
correctement.
C’est réellement en 1962 que les
Etats-Unis – Kennedy en tête – s’inquiétèrent des fusées très longue
portée : si Khrouchtchev peut
envoyer un satellite ( source de paranoïa au Pentagone: est-ce un satellite
espion ? est-il armé ? ), il peut toucher avec ces ICBM - lanceurs
civils n’importe quel point des Etats-Unis.
Ici, le programme spatial – et
donc civil – russe se confondait avec la dissuasion : les soviétiques
montrèrent juste qu’il pouvaient faire mal mais ils n’ont rien montrer
d’autres : ni la portée de l’engin, ni sa vitesse, ni sa charge utile.
Parfaite opération de communication, ils ont fait peur tout en n’étant pas
menaçants…
Ainsi, les Deux Grands et les Trois Petits (
France, R-U, Chine ) régnaient sans conteste sur le monde entre 1949 et les
années 70. Leur puissance nucléaire était incontestée et respectée,
l’ « Ordre » de la Terreur régnait entre les possédants et a
fortiori entre les possédants et les non-possédants. Le principe de Terreur
reposait d’ailleurs sur une conception précise de l’utilisation de la
bombe : la dissuasion.
II ) La dissuasion
« Je
ne sais pas avec quelles armes se fera la troisième Guerre Mondiale mais je
sais qu la quatrième se fera avec des bâtons et des pierres. »
Albert Einstein
1)
Définition et principes
Pour le Larousse, la dissuasion est un « Mode de la
stratégie militaire qui vise à détourner un adversaire d’une intention
agressive par la représentation
des représailles qu’il pourrait
subir en retour ».
La dissuasion remonte, selon certains analystes à plus de 3
000 ans avant J-C à travers le Code d’Hammourabi, selon d’autres, elle est indissociable
-sur un plan sérieux- de l’arme atomique. On peut plutôt penser que les seconds
ont eu raison : les armements de type conventionnels n’ont pu éviter la
Première et la Seconde guerre Mondiale. Avec l’arme totale que représente la
bombe atomique, la dissuasion atteint des sommets insupportables. Stanley
Kubrick l’a montré dans son Doctor Strangelove ( docteur Folamour en V.F.
) : une simple fausse attaque et la « Doom Death Machine »
soviétique se mettait en marche. Image de la folie que représente la
dissuasion, elle consiste en un système qui, en cas d’attaque américaine,
pouvait lancer automatiquement TOUT l’arsenal nucléaire russe sur les USA et
faire un massacre inconcevable. Le film, bien que comique dans son surréalisme,
avait touché juste : si les Deux Grand faisaient, ne serait-ce qu’une
erreur, la dissuasion aurait été appliquée et…
2)
Le Jeu de la dissuasion et sa mise en pratique
La dissuasion repose sur deux bases indépendantes :
terroriser l’adversaire et faire un jeu de poker menteur. En Anglais,
dissuasion se dit detterence, il possède la même racine que terror,
c’est le principe de peur qui fonde la dissuasion : il faut à tout prix
faire peur. Par tous les moyens possibles et imaginables, les deux Grands se firent
peur en inventant de nouvelles technologies, en les dissimulant, en faisant
miroiter des mensonges… Tout fut bon pour terroriser…et c’est au prix de cette
terreur que nous n’avons pas eu de conflit nucléaire. Paradoxalement, c’est la seule stratégie militaire qu’on ne
veut, peut – moralement- ou doit pas appliquer : on connaît les
conséquences et on ne doit pas tirer le premier. Le second principe est celui
du à peine découvert, ce jeu est des plus subtiles: les stratèges,
politiques et diplomates se sont amusés pendant quarante ans à y jouer. Les
règles sont très simples : il faut montrer assez pour faire voir qu’on a
les moyens de faire mal et ainsi démontrer sa puissance mais, et là l’intérêt
apparaît, il ne faut pas trop montrer ! Si on montre trop, on a
perdu : l’ennemi doit avoir peur, certes, mais il ne doit pas savoir
jusqu’où il doit avoir peur. S’il sait tout, il peut attaquer à tout moment et
tout détruire : on a perdu. Mais si l’on cache, ne serait-ce que 20 % de
ses capacités de destruction, on fait peur, encore plus peur, toujours plus
peur… et l’ennemi ne sait pas s’il y a 10, 20 ou 50 % de bombes cachées, il ne
sait pas où frapper et devient encore plus angoissé : la Terreur nourrit
la Dissuasion et la Dissuasion nourrit la Terreur. C’est pendant la Guerre
Froide que ce jeu a atteint un paroxysme : non seulement les dirigeants
avaient peur mais aussi les populations : on ne comptait plus les abris
souterrains qui florissaient sous les pelouses des maisons américaines – heureusement
qu’ils n’eurent pas à les essayer : ils auraient été irradié ET
coincés !. Les populations
russes, quant à elles ne se passaient pas des nuits blanches : elles ne
savaient rien.
On a aussi aussi vu
une mise en pratique originale de la dissuasion que j’appellerais
auto-dissuasion : quand le général Mc Arthur demanda au Président – et
général – Eisenhower que l’on usât de la bombe atomique sur la Corée, la Maison
Blanche lui refusa catégoriquement : le conflit n’était pas à une échelle
assez importante et ce général s’autocensura. On a vu ce phénomène pour
d’autres conflits : les américains au Vietnam ou les Russes en Afghanistan
avaient l’arme mais ne l’ont pas utilisé malgré le fait qu’ils ne risquaient
rien hormis la colère de l’opinion publique mais quand on est une
superpuissance… Ainsi est apparu un autre élément : la peur de ses propres
armes : on n’a plus peur de ce que l’ennemi a mais de ce que l’on possède.
C’est justement cette peur de l’ennemi– USA pour URSS et
URSS pour USA- et le besoin d’une riposte
efficace qui conduisit le monde à receler autant d’armes nucléaires.
3)
Des conceptions différentes de la dissuasion
Les doctrines du fort au fort comme celle évoquée
ci-dessus ne se sont pas généralisées : notre stratégie est plutôt celle
du faible au fort. N’ayant pas les moyens d’entretenir un arsenal
nucléaire aussi important que celui de l’URSS ou celui des USA, de Gaulle et
ses successeurs – Mitterrand en tête – choisirent la politique dite de frappe
anti-cité. Nous n’entretenons qu’un petit arsenal mais la quantité ne
compte pas : l’ennemi qui voudrait nous attaquer perdrait plus
qu’il ne gagnerait. Le calcul est simple : si – exemple absurde et
choisi au hasard-, les américains nous envahissent et que le président français
utilise l’Arme, il désignera Washington, New York, Los Angeles, Chicago et
d’autres villes très importantes comme cibles : 50 millions de morts au
minimum. Bien que le territoire national serait envahi, des millions
d’américains auraient été tués et comme le secret n’a jamais fait partie de
notre politique, les dirigeants américains savent que nous pouvons le faire et
n’oseraient donc pas nous envahir : le problème est donc résolu d’avance.
Cette politique est donc une dissuasion sans l’être : nous ne cachons rien
– sauf l’emplacement de nos SNLE, heureusement - mais nous faisons peur malgré
cela. Ainsi, ce n’est pas l’arsenal qui compte mais la bombe en elle-même. Les
rapports stratégiques sont donc équivalents, quelque soit le nombre d’atome. Si
les deux Grands s’armèrent autant, c’était plus par fierté nationale que par
véritable peur.
Toutes ces doctrines de dissuasion ne sont pas présentes
dans les esprits des nations étrangères. Les Pakistanais, Indiens, Coréens et
Chinois ne réfléchissent pas en terme de dissuasion. Sans considérer
l’Arme comme anodine et conventionnelle, ils seraient plus prêts à
l’utiliser que nous du fait qu’ils la considèrent plutôt comme un arme alors
que nous la considérons comme une anti-arme : c’est un instrument –dans
des mains sérieuses- qui doit absolument ne pas servir et doit inciter à
ne pas être utilisé. Ce « choc des cultures » nucléaires pourraient
conduire à des malentendus qui peuvent prendre des proportions trop
importantes : si une guerre conventionnelle éclate entre deux pays dont l’esprit
de la dissuasion est différents, un des deux antagonistes pourrait user de
l’Arme sans la considérer de la même façon que le premier. Reste à savoir si
assez d’experts seront encore là pour se pencher sur le problème.
La Peur, tel était le maître mot de la dissuasion : un
Etat avait peur de son ennemi et n’osait pas attaquer de peur de se voir
lui-même détruit. Bien que difficile à envisager d’un point de vue militaire,
c’est bien la peur de nos armes qui a fait que nous ne les avons pas utilisé
Certains anthropologistes pensent que la peur est le plus
puissants des instincts humains. C’est peut-être finalement grâce à notre
nature humaine que nous n’avons pas connu de Troisième Guerre Mondiale, qui
aurait été, n’en doutons pas, nucléaire.
III ) Régulation
Avec
la prise de conscience de l’arsenal mondial, les deux Superpuissances –
beaucoup plus que les autres – décidèrent de se séparer d’une partie de leur
souveraineté et de leur pouvoir en détruisant une partie de leurs armes
atomiques. Nous étudierons ici quelles ont été les différents instruments de
cette régulation puis les effets qu’elles ont eu.
C’est avec la
crise des fusées de Cuba ( 1962 ) qu’est née l’idée de se séparer ou de limiter
le stock mondial d’armes nucléaires, le premier pas vint des américains, pas
tant dans un but de Paix que dans la limitation de l’arsenal soviétique…
1) Les traités
TNP (Traité de Non-Prolifération) : Premier du
genre, ce traité signé à Londres, Washington et Moscou en 1968
prévoit d’interdire l’exportation d’armes et de techniques nucléaires vers
les pays qui n’en sont pas dotés, de favoriser le désarmement de ceux qui en
possèdent mais aussi de favoriser le développement du nucléaire civil. 188 pays
en sont signataires ( ni l’Inde, ni le Pakistan, ni Israel ne l’ont accepté ).
La France et la Chine ne l’ont ratifié qu’en 1992. Tous les cinq ans sont
menées des négociations de révision à partir de 1975 mais est devenu
permanent le 11 mai 1995.
SALT I (
Strategics Armements Limitation Talks I par Nixon-Brejnev ) : En 1964, les USA
sont à l’apogée de leur puissance nucléaire mais voient l’URSS développer de
plus en plus vite leur arsenal. De son côté, la Chine fait de même et devient
un risque aux yeux des experts américains. C’est dans ce contexte que les
experts de la Maison-Blanche décidèrent de commencer à discuter dans un cadre
informel avec les soviétiques. Le premier round de négociation officiel, dit
SALT I, débuta en novembre 1969 et se termina en janvier 1972 sur deux traités
importants :
_l’ABM (
Anti-Ballistic Missiles Treaty ) et l'accord intérimaire sur la limitation
des armements offensifs stratégiques. Le premier « limitait le nombre
des armes et des radars autorisés, réglementait leur composition et leur
emplacement, mais permettait notamment la poursuite des programmes
d'expérimentation et le développement des armements […] Le contrôle était
assuré par le recours à des moyens techniques nationaux, c'est-à-dire
des systèmes techniques de détection commandés par l'un des signataires et
reconnus comme outils légitimes d'information par le droit international. Le
traité mettait aussi en place une commission consultative permanente chargée de
contrôler les violations concernant le suivi et d'effectuer des propositions en
matière de contrôle de l'armement. » Les systèmes
anti-missiles des deux Grand furent limités à un par pays – Les Russes
choisirent Moscou et les Américains Grand-Folks dans le Dakota.
_L’accord
intérimaire les deux parties
décidèrent de limiter le nombre et les modèles de lance-missiles stratégiques
sol et mer ( missiles sol-sol, bombardiers stratégiques et SLBM ) déjà en place
ou en construction. Toutefois, une amélioration des modèles existants fut
autorisée – les Etats-Unis furent les grands vainqueurs de cette clause.
_Les pays ne
possédant pas d’armes nucléaires en 1967 n’avaient pas le droit d’en
acquérir.
SALT I avait une durée de cinq ans, renouvelable sur décision bilatérale
des deux signataires. Pour sortir de l’accord, six mois de délai avant
notification étaient requis. Il entre en vigueur en 1970.
SALT II: Le second round
des discussions SALT déboucha en 1974 sur l’accord de Vladivostok et sur celui
qui finalisait le traité ( 18 juin 1979 ). Ce second traité alla plus loin que
son prédécesseur: il fixa un nombre maximal d’ICBM et de bombardiers, il
stipulait donc la destruction des stocks en surnombre. On a inventé la
décapiteuse d’avions ironisa un militaire de l’époque : des machines à
couper les ailes et la queue des avions furent inventé et on exposait les
fuselages décapités sur de longues files afin que les satellites ennemis
les voient.
START I ( Strategic Arms Reduction Treaty I par
Reagan-Gorbatchev ). Devant le nombre
impressionnant d’ICBM russes, Reagan –par ailleurs irrité par le traité SALT
qu’il était loin d’approuver - lança la proposition d’un nouveau traité de
réduction. START I naquit à Genève en 1982 où les américains eurent beau
jeu de démontrer que l’équilibre de la Terreur devait s’effectuer à armes
égales, ou, en d’autres mots, détruisez donc ces ICBM qui nous gênent. En
Europe, les gouvernements avaient d’autres problèmes plus urgents : le
couple Mitterrand-Kohl s’inquiétait des SS-20 -missiles à moyenne portée
soviétiques installés dans les pays de l’Est- qui, bien que dirigés sur des
cibles de l’OTAN, tomberait de toute façon sur leur têtes… Après un discours
devant le Bundestag, Mitterrand dénonça le problème : les SS-20 étaient
des menaces inacceptables et les Américains étaient les bienvenus s’il
voulaient installer leurs Pershing-II pour une éventuelle riposte. Les
Soviétiques, outrés par cet affront, quittèrent la table des négociations fin
1983. Ce n’est qu’en 1985 qu’ils acceptèrent de revenir malgré le fait que la
crise des Euromissiles n’était pas pour autant résolue. Reagan et Gorbatchev tournaient
en rond sans se rencontrer : le premier restait sur sa lancée :
détruire les ICBM en surnombre tandis que le second continuait sur l’I.D.S.
qu’il voulait voir disparaître. Le dialogue fut pour la deuxième fois rompu.
C’est encore une fois les Russes qui firent un geste : Gorbatchev céda et
la négociation déboucha sur la signature du traité FNI (forces
américaines et soviétiques de portée intermédiaire) en décembre 1987. Bush remplaça
Reagan et en juillet 1991, les deux parties ratifièrent START I qui prévoyait
une réduction de 25 % des têtes nucléaires stratégiques des deux pays. Il entra
en vigueur en 1993. En janvier de la même année, les deux grands – Ieltsine
pour l’ex-URSS-, l'Ukraine, la
Biélorussie et le Kazakhstan acceptaient de se séparer de 75 % des têtes
nucléaires encore en leur possession.
D’autres nombreux
traités auraient ici leur place, on pourra citer, entres autres, le protocole
de Lisbonne ( la Biélorussie ,le Kazakhstan et l’Ukraine renoncent aux
armements de l’ex-URSS sur leur territoires ) du 23 mai 92 ou le traité de
Bangkok du 15 décembre 1995 qui crée une zone dénucléarisée en Asie du Sud-est.
2)
Les effets de la Régulation
Les
traités de Régulation nucléaires doivent, pour être efficace, répondre à
plusieurs conditions qu’il est difficile de réunir, les principales sont les
suivantes :
Ø
Une volonté ferme de désarmement des parties signataires
avec la conscience et l’acceptation de la perte de souveraineté que cela
engendre.
Ø
Que tous les pays qui possèdent des armes acceptent de
signer le traité.
Ø
Posséder des moyens d’information suffisants et reconnus par
les parties pour permettre d’observer de visu l’application.
Ø
Que les deux parties désirent réellement désarmer et non pas
affaiblir les adversaires
Ø
Avoir la garantie que le traité ne sera pas dénoncé sans
délai.
En cela, le TNP
ne fut pas efficace : sans la seconde condition, rien n’était
possible : si, ne serait-ce qu’un pays, refuse de signer un traité de
désarmement, on peut considérer qu’il ne sert pas totalement. Ici, le Pakistan
et l’Inde, deux ennemis déclarés qui possèdent la bombe et n’ont pas signé et
donc peuvent librement exporter des technologies… Actuellement, ce fait n’est
pas un vrai problème : ces pays sont plus occupés à développer leur propre
technologies qu’à en exporter. Ce traité comporte une clause pour le moins
paradoxale : il y est indiqué la promotion du nucléaire civil. A première
vue, il ne s’agirait que de développer les paix moins riches en exportant des
matériaux médicaux, des centrales nucléaires pour produire une électricité
« « non » » polluante… Mais là où l’on parle de
développement, les industriels ont tendance à entendre gros bénéfices. Oh,
combien les Européens et les Américains ont « développé » le Tiers-Monde
à coup de réacteurs nucléaires qui, on le savait pertinemment, finissaient par
enrichir l’Uranium et le plutonium qui constituaient, oh, surprise !, des
bombes. L’hypocrisie était flagrante : quelle différence existe-t-il entre
vendre une bombe atomique et vendre une bombe atomique en pièces
détachées ? Peut être la
moralité bien connue des marchands de canons...
Les traités SALT
et START sont, quant à eux, les plus importantes contributions à la Paix
nucléaire dans le monde. Les deux Grands ont eu la sagesse de réduire
considérablement leur armement, premier pas vers un apaisement de l’Equilibre
de la Terreur et donc vers une fin de la guerre froide. Sans ces interventions,
le niveau actuel d’armement dans le monde serait inimaginablement
dangereux : vols, sabotages, mutineries, tous les risques seraient
multipliés et la psychose serait justifiée.
On pourrait
néanmoins préciser que les Américains sont sortis les grands vainqueurs de ces
traités : en jouant sur la qualité et non plus la quantité des armes,
elles ont irrémédiablement poussé l’URSS à l’épuisement technologique. Une des
raisons de la fin de l’URSS est qu’elle a stérilisé une quantité beaucoup trop
importante de ses ressources à la course technique que lui imposaient les
USA : ruinée, elle a du renoncer à concourir avec un adversaire plus riche
et plus avancé que lui. La volonté de Paix n’est donc pas la seule motivation
dans ce problème, la politique y est aussi pour beaucoup.
On notera ici un
cas intéressant d’auto-dissuasion : l’Ukraine, la Biélorussie et le
Kazakhstan possédaient entre 1991, chute de l’Empire soviétique et 1992, date
du protocole de Lisbonne, de nombreuses têtes stratégiques ainsi que des ICBM,
elles ne les ont pas utilisé et les ont rendus sans exception aux militaires
Russes venus les reprendre. Il n’est parfois – plutôt rarement- pas besoin
d’important traités pour limiter la prolifération.
D’autres moyens
inédits sont disponibles pour arrêter la course aux armements nucléaires d’un
pays. La Corée du Nord qui avait lancé un projet de développement a connu des
récoltes largement trop insuffisantes pour assurer une nutrition correcte à sa
population. Les Américains ont donc eu l’idée d’échanger des céréales contre
des futures bombes. Un nouveau moyen de pression à l’arrêt des recherches est
né. On peut néanmoins s’inquiéter de sa fiabilité : faut-il prier une
famine pour s’assurer d’une prolifération contrôlée ? Si demain des pays
souverains lancent des projets de développement, comment pourra-t-on les
arrêter ? L’auto-dissuasion et les subventions ne pourront pas
indéfiniment arrêter des nations entières.
Les armes
irakiennes et iraniennes en sont les meilleures preuves : comment aller
contre la volonté d’un homme ? De plus, les pays du Tiers-Monde qui
sortent du chaos économique ne voudront-ils pas acquérir la bombe ?
L’Afrique du Sud et le Brésil ont toutes deux lancé des programmes qui ont été
arrêtés faute de moyens mais qui nous assure que demain, de nouvelles
ressources leur permettront de mener à bien leur projets ?
Le traité parfait
pour limiter la prolifération n’existe pas. Tous les pays ne se mettront
probablement jamais d’accord sur la question de l’arme nucléaire. Les solutions
sont ailleurs : intimidation, séduction, sanction sont probablement les
meilleurs armes pour lutter contre la dissémination. Néanmoins, on doit noter
que depuis dix ans, tous les pays qui ont cherché à acquérir la bombe, à
savoir, la Corée du Nord, le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud ainsi que
tous les pays qui avaient hérité d’armes nucléaires à savoir la Biélorussie, le
Kazakhstan ou l’Ukraine ont tous renoncé à la garder. Les obstacles politiques
et financiers que représentent le TNP sont autant d’obstacles qui
dissuaderaient les pays qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions.
Constatation faite, on voit que le danger ne vient pas tant des Etats que des
autres structures, réseaux, et autres organisations terroristes qui ont, en
moins d’une heure modifier le cours de l’Histoire du siècle naissant.
__________________
Pendant quarante ans, hormis les crises de Berlin et de Cuba, l’arme nucléaire possédé par un club oligarchique réduit de pays permettait de réguler les crises, de temporiser les affrontement et, malgré son caractère total, elle a permit aux deux Grands de s’effrayer tout en évitant une montée aux extrêmes, qui aurait été, n’en doutons pas, fatale. La dissuasion et la régulation des activités nucléaires ont permis à un nombre restreint de pays d’imposer au Monde un certain calme bien qu’en elle-même, elle n’aurait pu être utilisé contre un pays non-possédant. Aujourd’hui, le système paraît étanche : presque tous les pays ont signé le TNP, les récalcitrants ont la bombe et les essais du Pakistan et de l’Inde paraissent avoir fermé « l’entrée du Club « nucléaire.
Néanmoins, deux phénomènes viennent contrarier cette hypothèse : des puissances comme la Corée, le Japon et Taiwan ambitionnent – et ont les moyens – d’obtenir leur bombe. Parallèlement, et c’est ce qui est le plus à craindre, des organisations malveillantes cherchent elles aussi à s’en doter et c’est à partir de ce moment qu’on peut situer dans les années 90, que le désordre nucléaire apparaît.
ã 1998 – 2002 Laurent Baïni pour les textes et les graphiques