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PARTIS     POLITIQUE / (27/07/2004)
Tiziano Balmelli, constitutionnaliste spécialisé dans le financement des partis. 	Céline Michel L’homme qui veut rendre la politique suisse transparente

Le constitutionnaliste Tiziano Balmelli espère que les révélations concernant les sommes perçues par la conseillère aux Etats Anita Fetz (BS, PS) vont déboucher sur un plafonnement des dépenses.
Tiziano Balmelli, constitutionnaliste spécialisé dans le financement des partis. Céline Michel
Tiziano Balmelli veut rendre plus transparent le financement des partis politiques. Pour le constitutionnaliste tessinois, la solution passe par un plafonnement des dépenses tant pour les partis que pour les candidats. Il est d’ailleurs à l’origine du projet de loi tessinois qui va dans ce sens. Le texte a été accepté en commission et il sera débattu prochainement au Parlement. S’il est adopté, le Tessin sera le premier canton à posséder une loi sur le financement des campagnes électorales.

— Quelle est votre réaction à l’«affaire Fetz»?

— En fait, je suis content. Cela fait plusieurs années que je mets les partis en garde sur l’évolution des dépenses pour les campagnes électorales. Et encore, quel aurait été le budget d’Anita Fetz si elle avait pu faire de la publicité à la télévision et à la radio?

— Justement, le Conseil national a décidé de lever cette interdiction.

— C’est gravissime. C’est surtout grâce à cette interdiction qu’il n’y a pas encore eu d’explosion des dépenses en Suisse, ni de scandales comme dans d’autres pays européens. Le Conseil des Etats doit encore se prononcer. J’espère qu’il n’ira pas dans la même direction que le National.

— Anita Fetz n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt?

— C’est un signal d’alarme. Cette affaire ne doit pas être considérée comme un simple fait divers. Par ailleurs, il est très intéressant de voir que tous les partis et toutes les personnes en mesure d’influencer les décisions publiques sont exposés aux mêmes risques.

— Est-ce à dire que pour être élu il faut beaucoup d’argent?

— L’argent devient un facteur de plus en plus important et il comporte trois risques: l’inégalité des chances, la corruption et une baisse de la qualité des campagnes.

— Le Tessin a compris le danger puisqu’une première initiative parlementaire avait été lancée en 1995.

— Oui, des parlementaires avaient demandé l’élaboration d’une loi permettant de libérer les candidats de l’angoisse de trouver un maximum d’argent. Dans un premier temps, cela n’avait pas abouti. Mais un nouveau projet est en cours. Et en commission il a été adopté par les socialistes, le PDC et la moitié des radicaux.

— Quels sont les points essentiels de cette loi dont vous êtes le principal artisan?

— Nos propositions sont pragmatiques et tiennent compte de la réalité tessinoise. On s’est basé sur la limitation des dépenses. En gros, chaque liste pourrait dépenser au maximum 80 000 francs et les candidats au Conseil d’Etat et aux Etats 40 000 francs. Cette somme comprendrait les affiches électorales, les annonces dans la presse, les imprimés et les gadgets de campagne.

— Ces règles ne vont-elles pas générer une plus grande bureaucratisation?


— Non. Le bureau cantonal de vérification ne fonctionnera que tous les quatre ans. Et il pourra être composé par exemple du chancelier, d’un juge cantonal et d’un autre fonctionnaire. Ce bureau recevra tous les décomptes et les publiera dans la Feuille des Avis officiels. Si un citoyen émet un doute et qu’il paraît fondé, le candidat ou le responsable de la liste devra s’expliquer. Mais on compte surtout sur l’autodiscipline et les contrôles réciproques. N’oublions pas que la publicité politique est faite pour être vue.

— Et quelles sanctions risqueraient les contrevenants?

— Un système d’amende a été prévu qui peut aller jusqu’à trois fois le montant du dépassement. Par contre, il n’y aura pas révocation de l’élu.

— La loi tessinoise obligerait également les partis et les politiciens à déclarer les dons qu’ils reçoivent.

— Effectivement. Les partis devraient annoncer les dons de plus de 10 000 francs et les candidats de plus de 5000 francs. Mais c’est une mesure surtout symbolique. Si on est de mauvaise foi, on pourra facilement contourner la loi sur ce point.

— Ne faudrait-il pas plutôt une loi fédérale?

— Je suis déjà très content si j’arrive à convaincre un canton. Ensuite on verra si la loi tessinoise fait école. Tous les cantons ne sont pas concernés de la même manière par le problème du financement des partis.

— Vous défendez ardemment le plafonnement des dépenses; la solution ne passe-t-elle pas par un financement public des partis?

— Surtout pas, ce serait l’explosion. Partout où cela existe, les financements privés n’ont pas cessé pour autant. Au contraire. Et cela n’a jamais empêché les scandales, comme on l’a vu en Italie, en Allemagne ou en France. C’est vrai qu’en Suisse les partis politiques ne sont pas très riches, mais je ne pense pas que ce soit mauvais pour la démocratie.

» Le plafonnement des dépenses est vraiment la meilleure solution. Si les partis ou les candidats ont besoin de moins d’argent, ils seront aussi moins dépendants des grands bailleurs de fonds.

— Comment expliquer qu’en Suisse la question du financement des partis n’est que très peu discutée?

— Il n’y a pas de groupes d’intérêts qui s’intéressent à cette question. De plus, ce sont les parlementaires qui sont les premiers concernés et ce sont précisément eux qui définissent les règles du jeu.

  BERNE / VINCENT BOURQUIN
 
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UTILE



Tiziano Balmelli, Le financement des partis politiques et des campagnes électorales, Editions universitaires Fribourg Suisse, 2001.

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