Le serpent
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Le serpent, qui était le plus rusé de toutes les créatures terrestres, demanda à la femme d'un ton naïf et subtilement calculateur : « Alors ! Est-il vrai que Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? »
La femme répondit : « Bien sûr que non ! Car Dieu a dit : Vous pouvez manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui se trouve au milieu du jardin, vous ne mangerez pas. Car sinon... vous deviendrez passibles de mort ! »
Le serpent, qui ruminait profondément du fond de sa bohème, s'adressa soudainement à la femme et lui dit : « Mais pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Car Dieu sais bien que le jour ou vous mangerez de ce fruit merveilleux, vos yeux seront alors déssillés et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. »
La femme resta quelques instants perplexe et silencieuse, comme soulagée d'un sentiment coupable qui ne cessait de la ronger. Mais enfin ! Pensa t-elle ! Cette redoutable menace de mort, ne serait-elle pas l'épouvantail et le gardien d'un fabuleux trésor ? Un secret que Dieu ne voudrait pas nous concéder ? Pourtant, lui même ne gouverne t-Il pas le monde avec la connaissance du bien et du mal ?
Un secret divin, organisé par une connaissance de bien et de mal, se trouvait au milieu du jardin. La femme, guidée par un obscur besoin d'enrichissement, ne savait comment s'y prendre pour se l'approprier sans mettre en cause son geste de déloyauté. L'intervention inopinée du serpent, va alors lui servir d'excuse pour transgresser sans états d'âmes le commandement divin. Ainsi, elle pourra soulager sa conscience se rassurant de sa crainte face à la terrible menace de mort qui lui semblait finalement suspicieuse. Elle prit donc la décision de se laisser volontairement abuser par le serpent, puisque dans ce monde paradisiaque il avait forte réputation d'être le plus rusé de toutes les créatures terrestres.
Toutefois... et bien que rien ne soit impossible ni même trop beau au yeux du Créateur, le magnifique, magicien des couleurs et prince des plus belles splendeurs, aurait-Il créé un animal que l'on dit inférieur, capable de parler à la manière dont parlent les êtres supérieurs ?Aurait-Il donc donné à une bête des champs, ce don de la parole qui organise avec prodige le verbe miraculeux des hommes ? Aurait-Il seulement permis à une bête sauvage, d'énoncer avec panache ce verbe si précieux qui donne pouvoir à la parole de Dieu ?
Si ce n'est bien sûr... que ce don avait déjà été donné à l'homme ! Mais oui ! Un don que Dieu avait déjà donné exclusivement à l'homme !Car enfin, aurait-il été possible d'imaginer que la beauté majestueuse de la conscience spirituelle, se trouve capable d'habiter un esprit d'intelligence dont le sang-froid et le vêtement d'écailles aurait été celui d'un pitoyable serpent ? Qui celui-ci, de sa langue fourchue et bien pendue aurait parlé de vive voix à une femme pour mieux lui découvrir une quelconque faiblesse cachée.
Il se serait donc travesti ! Cherchant en elle le plus vilain défaut capable de la tenter pour y exacerber le goût de sa curiosité ? Donc, il aurait engagé la conversation ? Devant une tasse de thé bien chaud ! Autour d'une table ou on ne montre plus les crocs !
Manifestement, il va de soi que le serpent ne représente qu'un leurre pour l'imagination humaine. En effet, l'histoire de cet animal que raconte la genèse de notre humanité, est une métaphore incroyablement bien déguisée. Elle force l'admiration, provoquant la confusion sur un texte volontairement indéchiffrable. Le serpent, comme nous allons le voir, prend donc à sa charge de travestir la raison d'une probable vérité... en une stupéfiante réalité.
Pourtant, Eve a bien laissé la tentation dominer son esprit. Car c'est en y succombant... qu'un serpent s'en révéla.
Il n'était pas fait de chair et d'os. Il n'avait sûrement pas d'écailles et ne se traînait pas le moins du monde sur son ventre. En fait, il n'avalait pas la poussière de la terre à la manière d'un reptile ordinaire, alors que pourtant, il était vraiment le plus redoutable de toutes les intelligences terrestres qu'avait crées l'Eternel-Dieu.Et pour cause ! Car il n'était fait tout simplement que d'esprit ! Un esprit volatile, certes, mais un esprit qui venait tout juste de prendre naissance dans l'imagination de la femme.
En effet, piquée d'une curiosité envahissante, à propos de ce fameux secret divin, la conscience de la femme... se dédoubla en deux !
Puis, c'est alors qu'elle se trouva, malgré-elle, confrontée à la dualité pernicieuse et inopportune d'un esprit second, qui celui-ci, tambourinait sans cesse en martelant au fond de sa conscience : En quoi la connaissance du bien et du mal nous rendrait-elle passible de mort ? Pourquoi une telle menace ? La connaissance et le savoir sur cette terre des hommes, ne seraient-ils qu'un privilège divin ?
Surprise de se laisser découvrir par un occulte sentiment de honte, la femme se ressaisit vivement et répondit fermement à son double intérieur, tentant ainsi de le convaincre pour rassurer sa bonne conscience : Mais pas du tout ! nous ne mourrons pas ! Car Dieu sait bien que le jour où nous mangerons de ce fruit défendu, nous serons nous aussi, comme des dieux qui connaissent le bien et le mal.
Elle mangea donc du fruit de l'arbre, en donna également à son époux, puis ils virent tous deux qu'ils étaient nus.
L'intelligence la plus rusée de toutes les créatures terrestres... c'est bien évidemment l'homme ! En effet, il va de soi qu'un animal, même s'il était jadis censé marcher à quatre pattes, ne pouvait en aucune manière parler de vive voix avec un être humain. C'est donc la femme, qui la première, a engagé la conversation avec elle-même. Dans ce texte, il est clair qu'elle parlait à son for intérieur dans le seul but de rassurer sa bonne conscience. Cependant, c'est la dualité conflictuelle de son esprit calculateur, qui lui a dicté de transgresser le précieux commandement divin.
C'est alors, qu'au petit matin, à l'heure où la brise du jour commençait tout juste à se lever, ils entendirent brusquement le bruissement de feuilles mortes que provoquait un pas de géant parcourant le jardin de long en large. La cadence devenait de plus en plus pressante, et suivait au rythme de l'inquiétude, la crainte qu'avait présagé cette surprenante absence des enfants du paradis. La terre se mit alors à trembler et les arbres à vaciller, faisant frissonner de peur les feuilles qui, par myriades, se détachaient spontanément de leurs branchages.Soudainement, ils entendirent la voix puissante de Dieu résonner comme un écho qui déchirait l'aurore silencieuse d'un monde paisiblement endormi. « Mais où es-tu l'homme ? »
« J'ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l'homme, puis j'ai eu peur car je suis nu et je me suis caché »
Alors, Dieu demanda à l'homme : « Mais qui t'a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé le fruit que je t'avais interdit de manger ? » Et l'homme répondit : « La femme que tu m'as associé, celle que tu as mis auprès de moi, c'est elle qui m'a montré la connaissance et j'ai mangé. » Alors Dieu dit à la femme : « Mais pourquoi as-tu donc fait cela ? » Elle répondit : C'est le serpent qui m'a séduite et j'ai mangé le fruit pour en connaître la saveur.
Pour mieux comprendre le fin mot de l'histoire, il faut reprendre l'exposé et le laisser aller à l'imagination de la manière suivante...
Ainsi, ceci aurait pu devenir cela : L'homme répondit à Dieu : « La femme que tu m'as associé, celle que tu as mis auprès de moi, c'est elle qui m'a tenté. Elle m'a montré la connaissance et j'ai mangé. » Alors Dieu dit à la femme : « Mais pourquoi as-tu donc fait cela ? » Elle répondit : C'est le serpent qui m'a séduite ! C'est lui qui a provoqué la confusion dans mon esprit ! Il s'est dédoublé pour me tenter car il voulait goûter le fruit pour en connaître la saveur.
Dieu, aurait alors dit à la femme : Donc, tu reconnais que ton langage est un poison ! Car pour autant que tu as su, avec habilité convaincre ton époux, c'est bien avec ta bouche que tu as fait le mal. Et puisque tu as fait cela, maudit soit ton langage entre tous les bestiaux et toutes les créatures de la terre. Ta langue se traînera sur son ventre comme un serpent, et JE lui ferai avaler plus de poussière qu'elle n'en avale tout les jours de sa vie. JE susciterai une hostilité entre toi et le serpent, entre ta langue et ton langage retors afin de répondre à la blessure que provoqueront tes vomissures. JE ferai régner la haine dans ta postérité entre l'offense et l'innocence, entre la naïveté et la ruse perfide de ton venin cinglant dont vous avez tous deux pour demeure la même conscience ! Désormais, si le serpent te vise à la tête... alors toi, tu l'attaqueras au talion.
Dieu a instauré une règle de justice pour répondre à la violence du langage humain. Elle est représentée dans le texte sacré, par la loi du talion qui rappelle sans équivoque la réponse de Dieu lorsqu'Il frappe au talon. Un signe à la tête est une bénédiction, tandis qu'à la base ou à la cheville c'est une malédiction.
Durant l'exode, et pour contrer l'inimitié de langage que le peuple d'Israël avait témoigné par lassitude à l'égard de Moïse, Dieu a envoyé des serpents dans le désert. Ils étaient par milliers, sortant brusquement du sable brûlant, et mordaient les hommes au talon et à la base de la cheville. « Il est vrai que nous avons mal parlé contre Dieu et contre toi, dirent-ils à Moïse, mais toutefois, intercède auprès du Seigneur pour qu'Il éloigne de nous tous ces serpents venimeux. » nombres 21.4,
Autre exemple : Lorsque la construction du paquebot le Titanic a été achevée, la presse de cette époque avait titrée aux yeux du monde la phrase suivante dans les journaux Anglais : "Dieu lui-même ne pourrait faire sombrer le Titanic". Cette affront, qui a sans doute touché l'esprit divin en lui infligeant le trait d'un propos injurieux, lui a permit de répondre naturellement à un présomptueux défi humain qui a malheureusement coûté la vie à de nombreuses personnes. La base du Titanic a donc été littéralement sectionnée par la base immergée du glacier, émettant un bruit de morse qui en disait sûrement très long quand au propos du langage tenu par les journalistes et les constructeurs de la marine marchande.
Ainsi donc, le serpent n'était que la représentation de l'esprit malin qui avait germé dans la conscience de la femme. Car finalement, la métaphore de ce reptile qui se traîne sur son ventre à la manière d'une langue qui avale la poussière tous les jours de sa vie, a été subtilement représentée par le langage humain. Ce défaut humain, n'avait fait que dévoiler à la plus grande stupéfaction du Créateur, un redoutable danger qui jusqu'alors ne s'était pas véritablement dévoilé.
Il provenait du charme séducteur de cette éblouissante créature, qui n'avait pas seulement de précieux que le pouvoir sublime de faire briller nos yeux.
Une divine beauté, qui ne dissimulait en rien le goût de son habileté à l'ombre de son fastueux palais. Mais oui ! Un palais poussiéreux, certes, mais à l'intérieur duquel se dandinait une vipère qui entraîna dans les rouages de sa complicité, un compagnon de route qui n'a pas su gérer l'inélégance de sa lâcheté.
Conclusion
L'histoire du serpent, que nous raconte la genèse de l'Ancien Testament, est effectivement une métaphore judicieusement bien déguisée. Elle tente de nous faire comprendre, que le serpent n'était rien d'autre qu'une permutation qu'il fallait associer à la représentation symbolique du langage.
En effet, elle semble nous montrer d'un doigt terriblement accusateur, le langage maudit par la poussière du sol de la seule créature d'intelligence terrestre que pouvait représenter l'espèce humaine. En se travestissant sous la peau d'un serpent, la double nature du langage humain est donc devenu un réel danger pour l'homme. En effet, la toute puissance de son esprit, la culture de son vocabulaire, la germination de son calcul ou la finesse de sa malice, le pousse bien souvent à détruire pour quelques raisons futiles la dignité de ses semblables. Ainsi, faut-il sans doute comprendre que la vie n'est pas un jeu avec laquelle on peut jouer sans Dieu.
Si le texte complet de cette histoire vous intéresse, vous pouvez le retrouver au chapitre "l'arbre de la science" sur le site : http://www.chez.com/viev