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ON N'A PAS TOUS LES JOURS QUARANTE ANS !
Voyage à Marrakech et dans le massif du Toubkal en Mars 2000.


Lyon-Marrakech puis premier jour de Trek

Voilà l'affirmation, pas le postulat, de départ. Or donc, puisque l'année 2000 marque pour moi l'avènement à la pleine maturité de la Femme Epanouie, j'avais envie de voyager avec Rodéric (mon mari) pour fêter ça.
Je ne voulais rien d'autre comme cadeau de lui mais CA, je le voulais. Et j'ai eu la chance d'être gâtée.
J'aime tellement prendre l'avion, larguer le quotidien, allumer mes quinquets et découvrir, par tous mes sens. J'avais aussi envie de rajouter, au sommaire de notre partage, une petite aventure avec Rodéric. Cela faisait quatre ans que nous ne nous étions pas retrouvés seuls pendant plusieurs jours, en dehors d'un contexte familier.

Vous l'avez senti, cette introduction est éminemment personnelle, totalement subjective. Ben oui. Et je vous préviens, ça va être comme ça pendant tout ce récit !

J'ai beaucoup préparé ce voyage, non pas en passant du temps à lire des ouvrages sur le Maroc et sur Marrakech, hélas, alors que j'avais dévalisé la Bibliothèque du 6e arrondissement de Lyon ; j'ai rendu la majorité des ouvrages à peine effleurés. Mais en organisant notre absence, c'est-à-dire les parents substituts de nos enfants.

Une fois les enfants installés, nous voilà en route vers Satolas, il fait beau, l'air est frais, nous avons le coeur presque léger. Nos bagages ? Une valise en aluminium, fabuleusement atypique et donc immédiatement reconnaissable sur les chariots des convoyeurs de bagages, dans les aéroports ; et un sac à dos, celui qui a déjà longuement baroudé aux quatre coins de la planète. Dans la valise, un autre sac à dos qui servira pendant la randonnée. Et dans ces conteneurs, des pommes de Pélussin et des Pommes d'Api. Rodéric, persuadé que notre fruit régional est rarissime au Maroc, a l'intention d'en offrir quelques kilos à Mohamed Bouinbaden à notre arrivée. En fait, après, nous avons vu des étalages de pommes dans tout Marrakech. Ah mais oui, elles n'étaient sûrement pas aussi bonnes que les Nôtres ! Et les Pommes d'Api ? Ca ne vous semble pas normal, à vous, d'emporter à peu près 3 kilos de magazines pour enfants, en voyage ? Vous l'aurez compris, ces magazines étaient destinés aux enfants que nous allions croiser, qu'ils sachent lire ou pas. Et nous préférions donner de la lecture plutôt que des bonbons, des stylos ou des dirhams.

Pendant l'attente, lors de l'enregistrement des bagages, nous avons noté l'adresse d'une agence de voyages (de la Tour du Pin) qui avait vendu un aller-retour Lyon Marrakech au Marocain avec lequel nous discutions à un prix de 1000 F inférieur à celui qui nous avait été facturé ! Soit dit en passant, nous avons acheté notre billet par l'intermédiaire d'Internet, et n'avons pas fait une bonne affaire. Nous avons déjà envoyé deux courriers au voyagiste, et avons mis une association de consommateurs sur l'arnaque.

Beaucoup de monde à l'aéroport, à cause de tous les Anglais que déversent de mornes cars en provenance de nos charmantes stations alpines. Messieurs les Anglais, vous revenez du ski, cramoisis et courbaturés, volez les premiers ! Nous avons décollé avec une bonne heure et demie de retard, à cause de la densité du trafic aérien. Le temps clair nous a permis de voir très nettement la station de ski de piste de la Loire, les volcans d'Auvergne, et la vue des Pyrénées était saisissante. Le survol de l'Espagne fut plus jaunâtre, moins contrasté, et nous n'avons pas vu le Maroc de haut car le temps était couvert.

Marrakech . Pour agrandir la photo cliquez !Arrivée sans encombre à l'aéroport de Marrakech Ménara. IL FAIT CHAUD ! Mohamed, notre guide, est là à nous attendre, avec une feuille A4 portant l'inscription "Mr Rodéric Allier". Pas de doute, je fonce sur lui. Il nous emmène en utilitaire jusqu'au coeur de Marrakech. 6 km séparent l'aéroport du centre ville.
Les premières impressions qui sautent aux yeux : les bougainvilliers éclatent de couleur, il y a des filles sur des mobylettes, et pratiquement pas de femmes voilées ; nous croisons un cheval tirant une carriole de céréales.

Au cours de notre voyage, nous n'avons pratiquement parlé qu'à des Mohamed. Comme indiqué ci-dessus, nous avons été accueillis par un Mohamed, qui nous a conduits à l'hôtel Ali vers Mohamed Bouinbaden, la personne que nous avions contactée initialement. Suite de Mohamed au prochain numéro.

Mohamed Bouinbaden est le correspondant de l'association de voyages Arvel, dont le siège est à Lyon, et avec laquelle nous avons tous deux été accompagnateurs. Il nous a été recommandé par deux amis qui sont partis avec lui à deux reprises, et qui nous l'ont décrit, à raison, comme un homme en qui on pouvait avoir confiance.
Et pour lui faire confiance, on a été forts : dès le premier soir, à l'hôtel Ali, nous lui avons gentiment confié la somme qu'il nous demandait pour notre randonnée de 4 jours. Rodéric, le gentil, m'a dit avec une petite touche de commisération dans la voix : tu comprends, le pauvre, il faut qu'il avance l'argent à tous les gîtes dans lesquels on passera, et au guide et au muletier ! Effectivement, nous n'avons eu aucune mauvaise surprise. Mais en lui confiant cette somme tout de go, nous avions quand même un léger frisson hésitant qui nous courait sur la peau.

Une fois que Mohamed Bouinbaden nous a eu expliqué l'itinéraire, dûment pointé du doigt sur une jolie carte, autour d'un thé à la menthe (évidemment, nous connaissons le savoir vivre), nous nous sommes ensuite jetés dans Marrakech centre.

Marrakech . Pour agrandir la photo cliquez !Fastoche, notre hôtel était juste à côté de la Place Djema El Fna, où bat le coeur de la ville, comme disent les bouquins. Sur cette place se rassemblent des montreurs de serpent, des joueurs de violon à la verticale (saviez-vous que les violonistes maghrébins ne tiennent pas leur instrument avec le menton, comme le font les musiciens Occidentaux ?), des femmes dessinant au henné sur les mains blanches des touristes, des travestis aux fesses plates qui se dandinent sur de la musique acide, leurs bras poilus dépassant de leurs robes empruntées (on met un sacré moment à comprendre ce qui trouble chez ces créatures ambiguës).

Et devinez quelle est la première chose que Rodéric a faite en territoire marocain ? Il est allé se faire couper les cheveux ! Certes, nous avions prévu cela, mais je ne pensais pas qu'il allait foncer chez le coiffeur dans l'heure qui a suivi notre arrivée. Et bien justement, voilà une illustration du caractère imprévisible de mon illustre mari. Rodéric commence à tisser une légende entre ses cheveux et les coiffeurs étrangers, car lorsque nous étions à Madagascar, il s'était déjà fait couper les tifs, et j'avais pris une photo, à l'époque.

Marrakech . Pour agrandir la photo cliquez !Comme par hasard, le coiffeur s'appelle Mr Schneider ("coupeur", en allemand) ; en tous cas, c'est le nom que j'ai compris quand j'ai relevé son adresse sur mon petit carnet, afin de lui envoyer la photo que j'ai faite dans son salon.
Dans sa boutique étaient accrochées des scènes de conquête (peut-être de la résistance aux Turcs ?) en tons pastels. La télé diffusait un concert de musique arabe, accompagnée d'un piano électrique. Il y avait aussi un tableau très sombre représentant des pirogues africaines. Comme souvent dans ce genre de pays, il y avait un type qui était assis sur la banquette en Skaï rouge, et qui ne faisait rien. Nous n'avons trouvé aucun rôle à lui attribuer. Au moment de notre arrivée, un monsieur finissait de se faire couper les moustaches et fermait les yeux sous le geste du deuxième coiffeur. Les sièges en bois et Skaï comportaient un appui-tête verticalement réglable intégré. Je ne fréquente certes pas assidûment les salons de coiffure pour hommes, mais je n'en avais jamais vu.
Technique marocaine : je te mouille d'abord les cheveux avec un pouêt pouêt à fleurs, sans te les laver, je te les coupe, et après seulement je te les lave, au-dessus du lavabo. Comme ça, on est débarrassé des petits cheveux qui grattent, sans devoir se doucher chez soi.
Pendant que ma douce moitié se faisait ratiboiser, j'ai eu le temps de noter tout ce qu'il y avait sur les étagères du coiffeur Schneider : du Top Hair (cheveu du haut, littéralement, ou super cheveux, pour une traduction adaptée), du Septivon (ah bon ?, lotion désinfectante, pour les ciseaux peut-être ?), de la pommade de Dalibour dont nos mères pourraient nous expliquer le mode d'emploi, et le summum, du Smecta ! Je ne sais pas si vous soignez souvent votre entourage lorsqu'il a la diarrhée, mais vous serez peut-être amené(e) à utiliser ce pansement gastrique, que vous vous attendriez évidemment à trouver chez le coiffeur.
Après quelques retouches demandées par la signataire, Rodéric était plutôt bien coiffé ! Rajeuni, le mec.


Marrakech . Pour agrandir la photo cliquez !Tout prêt pour observer la place Place Djema El Fna où se trouve un immense jeu de pêche à la ligne. A gagner : des bouteilles d'1 litre de Fanta ou de limonade gazouze au citron bien jaune. De gigantesques cannes à pêche et, pour attraper lesdites bouteilles, un espèce de gros caoutchouc.Des vendeurs de dattes et fruits secs "offrent" des figues enfilées sur un fil, comme de grosses perles qui se tordent, transpercées de sécheresse.Des calèches vertes tirent de rougeâtres occidentaux. Une abondance de "petits taxis", ils s'appellent comme ça, transportent aussi bien des occidentaux que des Marocains.

Traverser la rue est une sacrée gageure, il s'agit plutôt de laisser glisser les véhicules le long de soi, en progressant lentement vers sa destination.

Dans la rue sur laquelle donnait notre hôtel, il y avait un parking à vélos et mobylettes. C'était un morceau de macadam recouvert d'un nombre incroyable de cycles. C'est vrai que Marrakech est une ville plate, qui se prête bien à ce mode de déplacement. Le gardien du parking vous accueille en notant un numéro sur la selle de votre engin, ce qui vous permet de le retrouver après. Pas bête, hein ?

Après une nuit troublée par une partie de foot dans la rue jusqu'à point d'heure, suivie d'une violente dispute conjugale, à laquelle fit suite l'appel du muezzin à 5 heures du mat', après lequel on ne se rendort pas, nous nous sommes rendus au rendez-vous du départ de notre randonnée.

Nous avons été en taxi à OUKAÏMEDEN, une des deux stations de ski du Maroc (l'autre étant Ifrane-1650,dans le moyen Atlas), et en tout cas, la plus haute d'Afrique. Bigre !
Pour cela, nous sommes passés par la vallée de l'Ourika, très sinistrées après les terribles inondations de 1998.
Un monsieur dont la voiture souffrait de problèmes mécaniques remplissait une citerne d'eau, sur le toit de sa voiture, pour parer aux défaillances de son joint de culasse. On devrait signaler cette possibilité à notre garagiste, si ça nous arrive. Ca nous évitera peut-être une des factures salées.

OukaïmedenA Oukaïmeden, l'altitude se ressent immédiatement. Nous enfilons notre 1er pull. Station déserte, à 11 heures du mat'. Quelques oisifs traînent mollement leurs savates et nous représentons le seul spectacle à regarder. Nous décidons d'explorer les lieux, qui sont désertés une bonne partie de l'année. Cette saison, en plus, il n'y a pas eu beaucoup de neige, donc les occupants des chalets n'y sont pas restés longtemps. Nous n'accordons pas un seul regard au chalet du Club Alpin Français de Casablanca, dont on aura pourtant des échos positifs, après. Nous jetons un oeil dans les trois minuscules échoppes poussiéreuses qui côtoient celle du boucher et le restaurant qui nous servira, plus tard, une tagine. Dans la vitrine trône, au tout premier plan, un superbe Yaourt Danone, éclatant de fraîcheur.

Nous grimpons sur la colline qui surplombe la station, et de charmants petits crocus tout ras accompagnent notre progression. Un petit col nous laisse embrasser la vue sur la région dans laquelle nous allons nous balader, mais nous ne le savons pas au moment de cette découverte. Rodéric observe d'un oeil de professionnel les installations de TV Radio et radio-téléphone qui arrosent essentielement Marrakech. Mais aussi grâce à l'émetteur d'Oukaïmedem, dans beaucoup d'endroit toute la région du Toubkal, il est possible d'utiliser son téléphone mobile

Dimanche après-midi, 1er jour de marche

Nous faisons connaissance de notre muletier/cuisinier. Comment s'appelle-t'il ? Je vous le donne dans le ... Mohamed. Il faut dire qu'en règle générale, le premier fils d'une famille est ainsi dénommé, d'où la profusion d'hommes portant ce prénom. Un peu comme Jacques chez nous, si vous voyez ce que je veux dire. Notre muletier ayant 15 ans, nous l'appellerons parfois Mini-Mohamed, pour le différencier de notre guide de 29 ans.
Marrakech . Pour agrandir la photo cliquez !Pendant qu'ils chargent la mule (avec nos sacs, quel luxe !), nous commençons à marcher. Le vent souffle, on se caille. Nous passons au pied du télésiège où nous distinguons, avant d'apercevoir leurs propriétaires, trois paires de skis posées sur les cailloux, avec des chaussures fixées dessus. A première vue, comme ça, nous nous sommes demandé ce qu'ils attendaient, ces bougres de skis. La neige ?
Nous avons marché pendant 45 minutes environ, et comme la vallée tournait, je commençais à m'inquiéter de ne pas voir arriver nos accompagnateurs. Et s'ils nous laissaient tomber et rentraient à Marrakech, nous laissant avec uniquement un pull et une gourde ? Ils nous ont finalement rejoints, et nous avons franchi le col Tizi nou Addi. "Tizi", en berbère, ça veut dire "col". (ex : Tizi Ouzou : le col des genêts). On nous avait annoncé 1 heure de montée, nous avons plutôt mis 1 heure 45. Nous longeons une immense paroi, purement rocheuse, couronnée de neige (3700 m). Un berger chante, conduisant ses chèvres dans des endroits peu fréquentables pour des pieds humains. On a l'impression d'être vraiment isolés, soudain, et le silence fait tellement de bien. Au col, pas question de s'arrêter, il fait froid. Pour sûr, nous sommes à 2900 mètres d'altitude ; d'ailleurs, quelques flocons viennent fondre sur nos joues. N'est-ce- pas, Rodéric, que j'ai eu raison de prendre nos anoraks ? Mais oui, ma chérie, tu as eu encore raison. Mohamed nous avait prédit 2 heures de descente. Effectivement, bien tassées les deux heures. Mais pas rigolotes, non plus. Presque au début de la descente, je glisse. Rien de grave, mais mon tendre époux a eu peur pour moi. Le sentier est vraiment étroit, plein de petits cailloux très instables, et il faut donc beaucoup de concentration et de mesure dans sa démarche. Mohamed, très attentif, s'adapte à notre rythme, comme pendant tout le reste de notre randonnée. En fait, ce sera le passage le plus délicat que nous franchirons, dès la première après-midi. C'est à la descente qu'on risque de tomber, pas à la montée.
La montagne, même à cette altitude, n'est pas déserte. Nous rencontrons quelques femmes qui ramassent des arbustes, qui en font des paquets piquants qu'elles empilent sur leur dos, pour servir de combustible. Dans ce pays sans forêt, il faut bien trouver de quoi se chauffer. Quel boulot, de monter de leur village jusque là, pour gratter quelques produits de la terre infertile !
On aperçoit de la fumée, dans la montagne pelée : c'est un berger qui fait du feu pour préparer son thé.
Nous croisons des agneaux tout neufs, tachetés de blanc et de noir, comme des Dalmatiens.

Nous arrivons au douar de Ouaneskra et dormons au refuge de Tacheddirt, à 2200 mètres. Il y a deux douches et, si on paie 10 dirahms, on peut vous brancher l'eau chaude. Je profite du luxe, mais la sortie est moins confortable que dans une salle de bains, et je claque des dents. Ca me sert d'introduction au reste de la journée, car nous allons nous cailler les miches. Pendant que les deux Mohamed vaquent à leurs occupations et, entre autres, préparent le repas, nous lisons. D'abord nous enfilons un pull supplémentaire. Puis, au fil de l'après-midi, toute la garde-robe y passe, deux pantalons l'un sur l'autre, deux pulls plus l'anorak, bonnet, gants ...

Nous engageons la conversation avec quatre Suisses, qui sont hébergés dans la maison contiguë à la nôtre. Ils viennent faire du ski de randonnée. D'abord un premier sommet le lendemain matin, puis l'ascension et la descente du Toubkal, sommet phare de la région et censé être le plus élevé d'Afrique du Nord. Cette année, la neige manque, et ils pourront peut-être se faire plaisir pendant 30 minutes de descente, après avoir passé de longues heures à monter. Rodéric les trouve très motivés.

Le village étant bâti sur la pente, notre refuge, en-dessous, compte d'autres habitants : plusieurs cours aux murs de séparation en pisé abritent l'une des lapins et des dindons, l'autre des vaches, l'autre des agneaux.
Nous ne sortons que quelques mètres hors de l'enceinte du refuge, car nos jambes sont fatiguées et que, si nous rencontrions des gens, ce seraient des enfants réclamant des bonbons ou des stylos. Et nous n'en avons pas.

Mohamed le muletier a préparé des spaghettis marocco-bolognèse : dans la sauce, on trouve des carottes, des morceaux de tomates, des pommes de terre, du thon. Figurez-vous que c'est très bon. Avant, nous avons bu de la soupe, après nous dégustons encore une banane et de la verveine.

Afin d'éviter l'écueil du thé à la menthe (nous ne supportons pas le thé au-delà de midi, il nous empêche de dormir autrement), nous avons proposé à Mohamed de nous préparer de la menthe seule, et il a bien compris et accepté le compromis. Du coup, nous apprécions beaucoup cette tisane chaude qui nous attend lorsque nous arrivons à l'étape.

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