| Sommaire | Suite |

ON N'A PAS TOUS LES JOURS QUARANTE ANS !
Voyage à Marrakech et dans le massif du Toubkal en Mars 2000.


Deuxième jour de marche

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Nous allons passer la journée à perdre de l'altitude, longeant la vallée de l'Imenène.
Nous longeons des gorges pendant 3 heures, descendant progressivement. C'est magnifique. Nous surplombons la rivière, bordée de vie dans la mesure où il y a toujours quelqu'un au bord, en train de laver quelque chose ou de s'occuper d'un champ. Les villages, eux, sont implantés en hauteur, en raison des crues possibles.

Nous faisons une pause, au cour de laquelle notre guide nous offre un assortiment de cacahuètes sucrées, petits croûtons sucrés appelés krichlat, dattes, figues ... c'est dur d'arrêter d'en manger. Nous nous retournons et sommes saisis par l'image d'un bouleau, au coeur de la gorge, poussant au milieu d'un carré vert cru, sur fond de roche ocre intense. Notre appareil de photo modeste et notre absence de don pour la photo ne nous permettent pas d'en tenter la capture, mais j'en conserve la trace mentale.

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !En traversant un village, Mohamed attire notre attention sur le cimetière : c'est une parcelle de terrain protégée des bêtes, donc entourée d'un mur de pierres, dans laquelle poussent des buissons d'adénocarte (mot sans doute marocain que je ne trouve pas dans le dictionnaire). De petits tas de pierres, ça et là, signalent une tombe.

Juste à la sortie du village d'Arg, nous tombons sur Mohamed, qui a dételé sa mule. Il a enlevé le bât, mais ne retire pas l'espère de couverture qui recouvre son dos, afin qu'elle ne prenne pas froid en exposant soudain sa transpiration au vent. Il l'a donc installée au bord de la rivière, avec un pieu qui la retient.
Nous faisons une longue pause de midi. Quel plaisir de manger une véritable assiette de crudités ! Je pensais que nous allions surtout manger des féculents, pendant cette randonnée, mais nous avons vraiment mangé beaucoup de légumes et de fruits.

J'ai parlé de bord de rivière, oui, car nous sommes parvenus à son niveau, et allons la traverser en repartant. Pendant la pause, nous regardons les femmes du village qui nettoient tapis et vêtements. Le jour est idéal pour la lessive : soleil et vent léger. Elles font leur méga-nettoyage, car, dans quelques jours, ce sera l'Aïd El Kébir, fête très importante au Maroc, du style de Noël chez nous. A cette occasion, chaque famille, si elle peut se le permettre, sacrifie un mouton. Et chacun rend visite à la famille, aux amis. Il faut donc que les intérieurs des maisons reluisent.
Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Leur système est assez au point : elle laissent tremper les habits dans des grandes cuves, pas très hautes. (la lessive nationale s'appelle TIDE). Elles utilisent même de l'eau chaude, chauffée avec un réchaud style Butagaz. Elles tapent le linge sur les planches du pont, brossent les tapis, et foulent la lessive dans les bassines.
Je cherche à photographier tout le monde, en faisant comme si je prenais la mule. Mais elles se cachent le visage et je n'insiste pas.
Je vais leur donner un paquet de magazines, puisque je vois justement des petites demoiselles. Les mères se disputent pour les partager. Je proteste, en disant que c'est pour tout le monde. Je ne suis pas sûre d'avoir été comprise. Toujours est-il que le jeu se calme, et que les enfants s'asseyent et les regardent. Combien de temps les Pomme d'Api auront-ils résisté aux petites mains ?
En tous cas, la nouvelle s'est vite propagée dans le village, alors que nous sommes à sa périphérie car, plus tard, après le déjeuner, des jeunes garçons (6 ans environ) viennent demander des livres à la gaouri que je fais. Désolée, j'en garde pour d'autres enfants.

A un moment, nous entendons un drôle de bruit, assez fort. Rodéric croit que c'est une mobylette (elle aurait de sacrés pneus, la pétrolette !), moi j'ai l'impression que c'est le moteur d'une tronçonneuse (plus plausible, vous avouerez). Nous nous regardons, et Mohamed le guide nous explique que c'est le muezzin, qui chante dans un mauvais micro.

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Après le déjeuner-lessive, on recommence la marche et, juste à l'arrivée à un petit col, nous croisons une Peugeot 504, ouverte à l'arrière, dans laquelle 11 hommes se tiennent debout, ballottés de part et d'autre. Rodéric a juste le temps de dégainer l'appareil photo, mais les hommes refusent la photo, et Rodéric, bon prince, s'incline. Dommage, d'autant que le décor est fantastique. Nous avons quitté l'univers resserré des gorges, aux roches plutôt grises, pour nous trouver dans un paysage aux reliefs arrondis et, surtout, dans un espace ROUGE. La végétation devient plus courte et plus sombre. Des iris blancs, des cognassiers viennent s'ajouter aux autres couleurs des arbres en fleurs. Nous marchons sur une route en terre alors, ça, c'est moins rigolo, d'autant qu'on a l'impression de ne pas avancer. Mais nous sommes surpris d'arriver déjà. Nous ne sommes pas du tout fatigués, nous n'avons marché que 5 heures en tout.

C'est vraiment une bonne saison pour marcher : il ne fait pas trop chaud, il y a beaucoup de fleurs partout (sur les arbres, en particulier), et nous n'avons pas croisé de touristes, à part les Suisses de la veille.

Il est environ 3 heures et demie. La tisane nous attend, comme la veille, avec une assiette de petits gâteaux secs à la crème rose.

Nous investissons notre gîte d'étape. Nous nous trouvons chez des gens, dont une partie de l'habitation est destinée à recevoir les groupes.
Ce soir-là, nous aurons pour nous deux une pièce entière. Sol de béton, recouvert d'un tapis en plastique jaune et bleu. Pas moche, mais pas tendre.
Les fenêtres sont obturées par du fer forgé, et on peut les "fermer" avec des volets bleus, mais il n'y a pas de carreaux.
Les murs sont peints en larges bandes roses/jaunes/bleues. Au mur trônent deux magnifiques porte-manteaux en plastique, que j'ai peine à atteindre. Parfaits pour y oublier quelque chose. Donc je m'abstiens.
Mais mon oeil est attiré par une petite merveille : une magnifique horloge en plastique portant, sur le fronton, "High Class Quartz Clock". Sous le globe, un décor de fleurs artificielles, et un gracile papillon est posé sur l'aiguille immobile.
Juste à côté, un exemple d'héroïsme et de résistance : dans une bouteille d'eau minérale coupée en deux, accrochée au mur par une ficelle, un brin de misère miséreux essaie de pousser dans de l'eau.
On peut accéder du niveau du sol, où se trouvent la cuisine et notre chambre, à la terrasse par un escalier dont les marches ont oublié d'être égales.
Deux fins matelas sont transportés pour nous sur le dos de la mule. Et les deux Mohamed dormiront de leur côté, sur des matelas prêtés par nos hôtes.

Juste à notre arrivée, je croise l'hôtesse. C'est elle qui nous ouvre, car son mari est absent pour le moment. Elle porte sur son dos son petit fils, un bébé qui répond à mes sourires.


Nous consultons la carte que nous ont passé les amis qui nous ont incités à venir dans la région et retraçons notre itinéraire.

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Nous sortons faire un tour dans le village. Deux petites filles veulent absolument qu'on joue au volley avec un ballon crevé. Nous nous prêtons au jeu, mais je ne me sens pas à l'aise, surtout que certaines mères sortent de leur maison pour rappeler les enfants. Et puis, toujours ces réclamations de bonbons. Nous poursuivons la traversée du village et arrivons à l'école. Un petit gars, dont vous ne devinerez jamais le nom, nous explique en français assez correct qu'ils ont deux écoles, une nouvelle et une ancienne, qui abritent quatre classes. Ce bonhomme nous plaît bien. Au retour, Rodéric frissonne, car l'un des enfants, mal chaussé se promène juste au bord d'un petit précipice et risque de glisser. Mais non, voyons, les enfants de l'Atlas sont comme des chèvres, ils crapahutent toute la journée et ont le pied sûr !

Après le dîner, je donne un cours d'anglais à notre guide. A partir du printemps, il va arrêter de travailler pour Bouinbaden, et va se consacrer à des touristes anglais. Nous faisons donc le tour de tout le vocabulaire dont il pourrait avoir besoin, dans son contexte.
Je sèche sur deux termes : comment dit-on "éboulis" et "torrent" ?
Pour son instruction, nous allons également laisser à Mohamed les numéros de Vocable que nous transportons avec nous.
Notre hôte vient écouter la leçon, et se montre beaucoup plus ouvert que précédemment.

Troisième jour de randonnée

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Un petit col, celui de Tizi N'Bour, à franchir, vite fait sur le gaz.
La mule nous précède d'un pas allègre, comme d'habitude.

Une demi-heure de descente, puis traversée d'une rivière à gué. Un homme a trop chargé sa mule, qui transporte du purin, et celui-ci se répand partout au milieu du gué. Je pense à ceux qui vont se laver dans l'eau souillée, en aval, ou même la boire ...

Deux heures de montée, jusqu'au col de Tizi N'Tacht, 2000 mètres.
Nous traversons le village dont la mère de notre guide est originaire (Imi Ourlade). Evidemment, Mohamed rencontre quelques cousins, et on les entend échanger des salamalecs. C'est intéressant, car aucun n'écoute l'autre vraiment, les questions fusent très vite : et toi, ça va, et toi, ça va, et ta femme, ça va, et tes parents, ça va, ça va très bien merci. Et ainsi de suite, pendant une minute, puis la conversation reprend un rythme normal, sur une autre intonation.

Nous montons dans un paysage de Haute Provence. La terre est rouge. Les chèvres, ces pestes, empêchent les buissons de pousser, ce qui leur donne des formes rondes.

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Une fois le col franchi, nous déjeunons dans une mini-caverne. C'est toujours à cet emplacement que les deux Mohamed, qui ont déjà souvent travaillé ensemble, font déjeuner les groupes. Un petit filet d'eau permet de faire la vaisselle et de laver les pommes. Super, la mule paît juste en amont et a certainement fait pipi pas loin.

Nous savourons le luxe de voir nos sacs portés par la mule, d'avoir quelqu'un qui prépare nos repas et d'avoir un guide pour nous tout seuls, qui fait les pauses que nous souhaitons, quand nous le souhaitons. Nous marchons plutôt trop vite pour l'itinéraire prévu ; c'est pour cette raison que nous arrivons fort tôt à l'étape. Mais nous n'avons pas l'inertie d'un groupe de 20 personnes.
Et quel luxe, également, d'avoir chaque soir une chambre où nous sommes seuls, sans avoir à composer avec le sommeil d'inconnus !

Mini-Mohamed se déride peu à peu et laisse tomber sa timidité.

Nous traversons tour à tour des passages inhabités, seulement meublés de buissons d'épineux, une large vallée très sèche, où le soleil tape fort, parsemée de villages et d'arbres en fleurs, desservie, sur une partie, par une route de terre que nous suivons.

Au fond de la vallée d'Ouissadène, après avoir marché de niveau, nous devons monter raide, pour atteindre le village de Tizi Oussem. Nous logeons dans un gîte d'étape, un vrai celui-là, même qu'il est agréé "Grand Tour des Atlas Marocains".
Nous aurons froid, dans ce gîte, comme les autres nuits, (altitude : 1850 mètres) mais l'endroit est vraiment conçu pour accueillir des groupes.
Dans une vraie salle de bains, sont installés deux WC et trois douches (froides), ainsi qu'un grand lavabo collectif avec cinq robinets. Il y a plusieurs chambres de trois lits.
Nous ne sommes pas obligés de manger dans la cour ou sur la terrasse, comme les soirs précédents, car il y a une vraie salle à manger ! Mais pas d'ilictriciti.
Une horloge, arrêtée évidemment, affiche fièrement : "C'est bon la vie, c'est bon Kiri."

Trek dans le massif du Toubkal. Pour agrandir la photo cliquez !Depuis la veille, nous laissons derrière nous, à chaque étape, quelques vêtements usés spécialement emportés pour être "abandonnés". Nous espérons qu'une âme charitable, intéressée et ravaudeuse, prolongera leur vie.

Le village de Tizi Oussem est accroché sur une pente très raide. Cette forte déclivité est réservée aux habitations, car il faut profiter de la partie plate de la vallée pour les cultures, et il faut également se protéger des crues, comme précédemment mentionné. On se croirait dans un monastère tibétain, pour vous expliquer à peu près comme la pente est raide.

Ce village est un phénomène de saleté, car c'est celui qui est le plus enclavé dans la vallée, et il n'y a pas d'évacuation des ordures. Les rues sont pavées d'excréments, de boîtes de conserve et de morceaux de plastique. Du jamais vu, à ce point, jusqu'à présent. Du coup, nous ne quitterons pas le gîte, une fois arrivés.

| Sommaire | Suite |

http://www.woyages.com
roderic.allier@wanadoo.fr