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Avant d’entreprendre une recherche généalogique, il faut bien comprendre quels types de documents ont pu laisser nos ancêtres esclaves et engagés. Si les sources documentaires sont assez nombreuses sur la vie administrative, économique et politique de l’île, elles sont quasi-inexistantes sur la question de l’esclavage. Quant aux ancêtres affranchis, possesseurs de peu de biens et cherchant la discrétion, ils ont laissés peu de traces dans les minutes notariales ou judiciaires. Par contre, les descendants de colons européens établiront rapidement leur généalogie grâce notamment au dictionnaire de Camille de Ricquebourg pour la période avant 1810. Les captifs montaient sur les négriers anonymement, sans aucun nom. Le lieutenant tenait seulement un livre de traite où il indiquait à chaque embarquement leur nombre par catégories : négrites (petites filles), négrillons, mâles, femelles. Des annonces de ventes peuvent aussi être retrouvées, mais tous ces documents ont plus un intérêt historique que généalogique.
Avant 1848, les esclaves n’ont qu’un prénom ou un sobriquet qui n’est pas héréditaire. Selon le code noir de 1685, ils n’ont pas d’existence légale, ils n’ont aucun droit. Ils ne sont donc pas toujours inscrits dans les registres de l’état civil (ainsi la naissance d’Eugénie TIVOLI en 1846 à Saint-Benoît). Lorsqu’ils le sont, ils sont bien distingués des classes blanches et des libres de couleur, avec selon les époques des registres séparés. Leurs actes de naissance ou de décès se limitent à deux lignes, parfois sans aucune dénomination sinon l’appartenance à un maître. Les mariages sont rares, les concubinages plus fréquents. Le suivi d’une filiation est ainsi quasiment impossible.
Les esclaves appartiennent à des particuliers mais aussi des collectivités territoriales, communes ou gouvernement (« Les Noirs du Roi »). Considérés comme patrimoine mobilier, au même titre que du bétail, ils sont listés dans les inventaires après décès ou testaments de leur propriétaire. Ils sont aussi recensés par l’administration coloniale, mais plus dans un objectif statistique (nombre d’esclaves par sexe et par âge) ou fiscal (imposition du propriétaire). Des recensements sont notamment effectués en 1840-1841 à Saint-Denis, Saint-André et Sainte-Rose.
Avant 1848, les affranchissements font l’objet de procédures administratives spécifiques. Les libres de couleur (noirs affranchis, mulâtres et leurs descendants) sont enregistrés dans les registres paroissiaux et de l’état civil, séparés de ceux des blancs et des esclaves selon l’époque. Leur nom est rarement héréditaire ou n’est pas reporté dans les tables.
Par le décret de 1848, tous les esclaves sont affranchis, soit 62.000 au total. Pour combler l’absence de l’état civil, ils sont inscrits dans des registres spéciaux, avec leur âge, leur domicile, le nom des parents (rarement connu ou déclaré) et surtout leur nouveau patronyme imposé par l’administration coloniale. Ce patronyme correspond le plus souvent au prénom de l’affranchi (10%), à son caractère physique ou moral (8%, ex : PROSCRIS ou encore JOLICOEUR, SANSREPROCHE), mais aussi à un lieu géographique aussi bien réunionnais que français ou européen (ex : TIVOLI), à un nom d’animal, à des personnages historiques ou mythologiques (ex : SALOMON), à des noms de mois, à des couleurs… C’est un extrait des registres spéciaux qui remplace l’extrait de naissance d’Eugénie TIVOLI pour son mariage en 1861. Parallèlement, dans les années 1849 à 1860, de nombreux affranchis régularisent leur union dans les registres de l’état civil, avec parfois une reconnaissance d’enfants.
Après 1848, les nouveaux « immigrants » sont inscrits initialement sur des registres de matricules, essentiellement pour combler l’absence d’acte de naissance, en distinguant bien ceux d’origine africaine de ceux d’origine indienne. Ils donnent leur provenance (plus le continent que le pays), leur âge approximatif, le nom des parents (souvent considéré comme inconnu, car invérifiable par l’administration coloniale), ainsi que plus sûrement le nom du navire sur lequel ils arrivent. Ils portent un nom qu’ils déclarent librement, contrairement aux esclaves affranchis, souvent sans prénom (ainsi SAMORI et NAVOU sous les matricules respectifs n° 77.415 et n° 101.766). Ils reçoivent aussi un livret de travailleur engagé. Les actes de l’état civil suivants sont bien enregistrés, mais les enfants nés dans la colonie doivent choisir leur nationalité ultérieurement, surtout pour la situation militaire des garçons.
Aucun recensement n’est conservé entre 1849 et 1891. Ceux effectués en 1892, 1897, 1902, 1907, 1911, 1920, 1921, 1926 et 1931 sont moins riches en information que ceux d’avant 1848. Les listes électorales de 1849-1850 sont intéressantes car elles donnent l’origine ethnique des nouveaux citoyens.
Au niveau des Archives départementales de la Réunion, peu de documents sont conservés sur l’esclavage et sur l’immigration du 19e siècle.
Voici un exemple d’informations contenues dans le livret d’engagé n°37 (12M38) :
Arrivé à l’âge d’environ 12 ans, ce SABOURI ne peut être assimilé à SAMORI. Il s’est en effet marié à Saint-Joseph en 1883 à Céline AOUILLE, puis remarié en 1885 à une dénommée LOSSANDIE.
Il faut signaler qu’à La Réunion, les registres de catholicité et d’état civil constituent une collection presque sans lacune depuis le début de la colonisation de l’île. Les registres en triple exemplaires, depuis l’ordonnance royale de 1776 créant le Dépôt Public des Papiers des Colonies (DPPC), se complètent. Les Archives nationales à PARIS disposent aussi de microfilms (côte 5 MI) pour les registres antérieurs à 1870 ou 1879.
Pour l’Etat Civil des français ayant vécu à Madagascar, les registres sont conservés en France en un seul exemplaire :
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