| BANQUE DE DEVOIRS | ||||||||||||||||||||||||
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La chose que je regrette
le plus dans les détails de ma vie dont j'ai perdu la mémoire est de n'avoir
pas écrit des mémoires de mes voyages. Jamais je n'ai tant pensé, tant
existé, tant vécu, tant été moi-même, si j'ose ainsi dire, que dans ceux
que j'ai faits seul et à pied. La marche a quelque chose qui anime et
avive mes idées : je ne puis presque penser quand je reste en place, il
faut que mon corps soit en mouvement pour y mettre mon esprit. La vue
de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, le
grand appétit, la bonne santé que je gagne en marchant, l'indépendance,
l'éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce
qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une
plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l'immensité
des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré,
sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière ;
mon cur, errant d'objet en objet, s'unit à ceux qui le flattent,
s'entoure d'images charmantes, s'enivre de sentiments délicieux. Si pour
les fixer je m'amuse à les décrire, quelle force de la plume, quelle fraîcheur
des mots, quelle énergie d'expression je leur donne !
LES QUESTIONS:
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